Dette : « Ce qui nous attend, c’est un effort qu’on ne fait qu’une fois par siècle », estime Antoine Foucher

Crédit : JEANNE ACCORSINI/SIPA

François Bayrou a donné une conférence de presse de rentrée ce lundi 25 août, en grande partie consacrée au budget 2026. Il a notamment annoncé qu’il se soumettrait à un vote de confiance de l’Assemblée le 8 septembre prochain. Invité de la matinale, Antoine Foucher, ex-directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, décrypte le panel de mesures destinées à économiser près de 44 milliards d’euros.

« Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement », a déclaré le Premier ministre François Bayrou lors de sa conférence de presse de rentrée. Il a également rappelé que la dette française s’est accumulée de 2000 milliards d’euros sur les deux dernières décennies.

Pour Antoine Foucher, l’ex-directeur du cabinet de la ministre du travail Muriel Pénicaud, les paroles du Premier ministre étaient justes : « Il a dit que si la dépense publique augmente, c’est à cause des dépenses sociales, donc ce que chacun touche individuellement comme les pensions de retraite ou le remboursement d’assurance maladie, qui ne font qu’augmenter. Mais on est obligé, si on est honnête, de reconnaître qu’il a eu le courage de dire ce que les Français ne veulent pas entendre, et c’est sûr que c’est désagréable. »

D’après lui, cette clarification de la situation était nécessaire : « Il y a eu pendant des décennies une partie de la classe politique qui disait que la dette ce n’est pas grave, la France est un grand pays donc elle ne sera jamais surendettée. Donc c’est sûr que quand François Bayrou dit que depuis 20 ans la dette augmente de 12 millions d’euros par heure, oui, c’est brutal. Mais je pense que ce réveil était nécessaire parce que là, on est au bord du précipice et les efforts qui nous attendent sont d’une telle grandeur qu’ils n’arrivent qu’une fois par siècle. »

Désendettement : vers une remise en question du système de retraite ?

Pour réaliser l’effort colossal de désendettement, François Bayrou a expliqué que « tout le monde va participer, l’État le premier, et les plus favorisés seront appelés à prendre leur juste part de l’effort ».

Antoine Foucher dévoile que l’effort va aussi concerner les retraités : « La dette, c’est de notre responsabilité à tous, même aux retraités ! Les personnes qui ont 80 ans aujourd’hui ont certes travaillé plus d’heures annuellement que celles d’aujourd’hui, mais elles-mêmes ont moins travaillé que leurs parents. Pendant 60 ans, en France, on a travaillé de moins en moins, mais on a mieux vécu. Le souci, c’est que cette promesse n’est plus tenable pour ceux qui travaillent aujourd’hui. »

D’après lui, tout cela serait lié à la démographie : « Ça fait des années qu’on vit dans une espèce de mensonge collectif qui nous dit que les pensions de retraite sont deux fois plus élevées que les cotisations qui ont été acquittées, mais ça ne pose de problème à personne. Or les retraites représentent 7 points des 11 points d’augmentation de notre PIB rien que pour cette année. Aujourd’hui, on est le seul pays où l’on vit aussi bien lorsque l’on travaille que si l’on ne travaille pas, et il va falloir compenser à ça. »

Vote de confiance : L’Assemblée appelée à se prononcer sur la gravité de la dette

François Bayrou a décidé d’engager la responsabilité de son gouvernement lors d’un vote de confiance à l’Assemblée nationale, conformément à l’article 49 alinéa 1 de la Constitution. L’ex-directrice de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud estime que c’était une bonne décision : « Autant il avait été assez maladroit et imprécis lors de son allocution en juillet dernier, autant lors de la conférence de presse de lundi, il a réussi à être assez fin et vrai, surtout en engageant la responsabilité du gouvernement, car il a su trouver la tournure de question qu’il voulait : « Considérez-vous que la dette soit le premier problème de notre pays ? » ».

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Le vote, dont les réponses possibles ne sont que oui ou non, doit se tenir le 8 septembre. Pour Antoine Foucher, il n’y a pas que le gouvernement qui met son avenir en jeu : « Les députés qui vont voter non à cette question vont le traîner pendant des années, parce qu’ils votent oui ou contre la dette. Le niveau d’endettement va rester présent pendant des années, car dans l’avenir, tout le monde ira voir qui a voté oui ou non sur la question de savoir si la dette est le problème principal de la France et qui nous empêche d’être un peuple libre dans les décennies qui viennent. »

Alessandra Wyak

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