Travail : « Les quadragénaires et quinquagénaires s’inquiètent car la retraite est loin et incertaine, et les entreprises sont réticentes à les embaucher » explique Christophe Aulnette

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Après 4 ans à la tête du géant américain Microsoft, Christophe Aulnette révèle dans son livre Le jour où j’ai quitté Bill Gates : Nouveaux horizons, nouveaux défis : des clés pour se réinventer les défis de la reconversion et les failles du monde du travail actuel. Invité de la matinale, l’ex-président de Microsoft appelle à refonder les pratiques RH en prenant en compte les aspirations individuelles, notamment celles des seniors.

Selon une étude de l’institut Gallup, seulement 6% des Français se sentent engagés au travail, un chiffre bien en deçà de la moyenne mondiale de 17%. Christophe Aulnette y voit plusieurs causes : « Il y a un fait indéniable, les Français ont plus de mal à affirmer leur satisfaction. Il pointe également une certaine désillusion face au modèle d’entreprise historique où l’on y commençait et terminait sa carrière, ce qui n’est plus le cas. Enfin, il souligne que lorsqu’on se penche sur le débat public du travail, c’est un secteur qui est en souffrance ».

Pour lui, ces symptômes ont une cause profonde : le choc démographique. « À l’horizon 2030, les seniors vont représenter 40% des salariés, donc il va falloir plus investir pour eux, tandis qu’il y aura moins de jeunes sur le marché du travail, alors il va falloir les attirer. Et pour ces deux tranches d’âges, ils ne demandent qu’une chose : avoir un alignement entre objectif personnel et professionnel. »

Repenser les pratiques RH

Face à cette crise, les entreprises doivent se réinventer. Pour l’ex-président de Microsoft, cela passe par une révolution des pratiques RH : « C’est terminer la recherche d’un employé qui va rester toute sa carrière dans l’entreprise, donc il faut privilégier ce qu’on appelle les emplois boomerang. On peut très bien quitter une entreprise pour y retourner après. Le rôle des RH va maintenant être de garder le contact avec ces alumni. Il ne faut plus être rebuté quand une personne a fait une carrière fragmentée car c’est la norme aujourd’hui. »

La responsabilité de cette transformation incombe aux entreprises, mais aussi aux salariés : « Il y a un nouveau mot-clé à faire rentrer dans son vocabulaire : l’employabilité. En tant qu’employé, je dois réfléchir à quelles sont les compétences que j’acquiers dans mon poste et qui me serviront à l’extérieur, car il faut éviter aujourd’hui de s’enfermer dans une case. »

D’après Christophe Aulnette, la révolution du travail va aussi passer par l’emploi des seniors : « Les quadragénaires et quinquagénaires s’inquiètent car la retraite est loin et incertaine, et les entreprises sont réticentes à les embaucher. Il faut abattre les préjugés, ils ne sont pas moins compétents que les plus jeunes aujourd’hui ; ils savent tous utiliser internet et écrire des emails. Il faut que les RH se réinvestissent sur la question des seniors car plus ils seront embauchés, plus ils seront performants et pourront retrouver plus facilement du travail. L’entreprise a une véritable responsabilité sociale ! »

Une reconversion réfléchie

En France, les micro-entreprises explosent. Entre 2014 et 2022, elles sont passées de 720 000 à 1 789 000. Pourtant, l’ex-président de Microsoft temporise sur ce sujet : « Pour moi, devenir entrepreneur, ça reste quand même assez exceptionnel et je mets en garde sur les mirages qui peuvent exister parce que, même si, par exemple, on part acheter un domaine viticole, il faut le gérer après car on ne s’improvise pas chef d’entreprise du jour au lendemain. »

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Selon lui, la reconversion ne doit plus être perçue comme un changement de vie radical, mais plutôt comme une évolution naturelle au sein de notre parcours professionnel : « Une fois qu’on a passé le cap de la rampe de lancement de notre carrière professionnelle, il faut tout de suite commencer à réfléchir vers quel emploi on se tourne demain ! Il y a un terme japonais pour ça qui est le Ikigai, qui signifie raison d’être. Cela consiste à trouver un équilibre pour donner sens à sa vie avec ce qu’on aime, ce dont on a besoin et ce qui est utile. Donc, au final, la clé c’est de trouver ce qui va nous aider à développer une employabilité tout au long de notre carrière, avec le soutien de notre employeur. »

Alessandra Wyak 

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