Prothèse bionique : « Vous pouvez bouger de façon fluide et coordonner des mouvements par votre pensée », explique Edward de Keating-Hart

Crédit : Vitaly Nevar/TASS/Sipa USA/SIPA

En France, une quatrième personne sera dotée d’une prothèse bionique à la rentrée 2026. Cette opération est réalisée par le Dr Edward Keating-Hart, qui est le premier à avoir effectué une chirurgie TMR dans l’hexagone. Elle consiste en une réinnervation musculaire ciblée pour connecter une prothèse bionique à un patient amputé du membre supérieur. Invité de la matinale, il présente cette innovation complètement remboursée par la sécurité sociale.

Edward de Keating-Hart est le spécialiste français de la TMR. Il explique : « Ça vient du terme anglais Targeted muscle reinnervation. C’est une technique de chirurgie nerveuse musculaire ciblée où on réactive les nerfs qui sont dans le bras et on va les greffer dans des muscles pour lui permettre de se contracter. »

La deuxième étape, c’est de rendre le bras bionique : « Les contractions de ce fameux muscle vont être réceptionnées à l’aide d’électrodes pour donner du mouvement à la prothèse qui devient bionique car la chirurgie qu’on réalise lui permet d’être contrôlée par la pensée. » À l’heure actuelle, trois patients ont déjà été opérés en 2018, en 2020 et en 2023.

Pour Edward de Keating-Hart, cette méthode permet d’atténuer la souffrance des personnes amputées : « Ces trois premiers patients sont tous venus me voir pour le même problème : ils avaient de très importantes douleurs du membre fantôme qui subsistent après la perte d’un membre. Grâce à cette technique, ils ont pu retrouver un membre le plus naturel possible et ils ont tous été réopérés avec succès. »

La prothèse bionique : un rêve accessible, mais sous conditions

Cette innovation n’est accessible qu’aux personnes amputées des membres supérieurs et selon des critères très spécifiques : « Il faut que le patient ait besoin de l’utilisation d’une prothèse avec des mouvements fluides, il faut qu’ils aient déjà eu une prothèse basique avec deux électrodes, mais qu’ils obtiennent du mal à utiliser, il faut qu’ils soient prêts à tenir 2 ans de rééducation nécessitant souvent de grands déplacements, car le seul centre de rééducation pour cette prothèse se trouve à Nantes. »

Et cette technologie a un coût : « Sur deux types de prothèses : une pour les patients amputés au-dessus du coude qui coûte 150 000 euros et une autre lorsqu’ils sont amputés au niveau de l’épaule, et là, le prix est plus important, il est de 200 000 euros. »

Malgré ce prix élevé, l’accessibilité à cette technologie est en train de s’améliorer, confie le chirurgien : « Depuis septembre, la prothèse est complètement remboursée et on espère avoir plus de demandes grâce à ça ! On sait que pour la rentrée 2026, on a déjà une nouvelle opération de prévue. »

L’espoir d’un futur sensoriel avec un prothèse

L’avenir de la prothèse bionique s’annonce prometteur. Si la motricité est aujourd’hui en grande partie restaurée, le prochain défi consiste à rendre les sensations aux patients : « Ce serait le Graal et c’est ce que nous demandons à tous les patients : de pouvoir ressentir l’objet ou la partie qu’ils vont toucher et c’est ça l’enjeu maintenant, de réussir à combiner la magie de la motricité et celle du sensible. On travaille en collaboration avec une société française, Digi’Skin, et on devrait atteindre cet objectif d’ici quelques années. »

A lire aussi

 

Cependant, le chirurgien tient à mettre en garde sur l’évolution des innovations bioniques : « Il y a des expériences qui ont été faites comme ajouter un troisième bras bionique à quelqu’un qui veut travailler de chez lui pour qu’il réalise les tâches plus vite. Mais pour moi, il faut s’arrêter à un moment, notre but mais c’est de soigner les personnes malades, pas celles en bonne santé. Si on fait ça, on dépasse les bornes car un bras bionique n’est pas fait pour être mieux ou plus fort étant donné que de toute façon, on ne peut pas faire mieux que ce qui est naturel. »

Alessandra Wyak

Retrouvez toute l’actualité Société