Cancer : « On espère débuter les essais sur l’homme de notre nouveau traitement d’ici 2 ans », révèle Raphaël Rodriguez

Crédit : Bernd Weißbrod/DPA/SIPA

L’équipe du Docteur Rodriguez a créé une nouvelle molécule capable de détruire les cellules cancéreuses résistantes aux chimiothérapies. Le résultat reste à confirmer chez l’homme, lors d’essais cliniques. Invité de la matinale, Raphaël Rodriguez revient sur la création de cette molécule qui suscite beaucoup d’espoir.

Depuis 2004, le cancer est la première cause de mortalité en France, devant les maladies cardiovasculaires. D’après l’Institut National du Cancer, l’incidence des cancers en France a augmenté de manière significative ces 20 dernières années pour atteindre une estimation de plus de 433 000 nouveaux cas en 2023.

Le directeur de l’équipe Chemical Biology à l’Institut Curie, Raphaël Rodriguez, explique ce qu’il se passe lorsque l’on développe un cancer : « Le cancer, c’est le résultat de mutations dans notre génome. Nos cellules ont une fonction, et celle-ci est définie par certaines protéines. Si le code génétique de ces protéines devient dysfonctionnel, cela produit une prolifération anarchique des cellules qui ont perdu leur fonction, ce qui crée une masse, un tissu qui prend du volume. » Ce cas est le premier état dans lequel existent les cellules cancéreuses et est traitable par chimiothérapie.

Mais il en existe un second sur lequel l’équipe du docteur Rodriguez s’est penchée : « On l’appelle la dissémination métastatique, donc la capacité de certaines cellules de s’échapper de la tumeur primaire pour coloniser d’autres tissus et organes et générer des tumeurs secondaires qui, elles, induisent la mort. Notre métier dans le laboratoire, c’est de comprendre quelle est la chimie qui permet à ces cellules de s’adapter pour ensuite l’exploiter et bloquer l’adaptation des cellules. »

Le fer : la nouvelle arme contre les cancers agressifs

Ces cellules malignes, appelées métastases, sont aujourd’hui responsables de 70% des décès par cancer. L’unité de Chimie Biologie des Cancers (Institut Curie, Inserm, CNRS) a récemment découvert que le fer peut être la clé pour détruire ces cellules résistantes aux traitements conventionnels : « Le propos de cette étude, c’est d’avoir compris que certaines cellules qui se transforment, dont les cellules métastatiques, ont besoin de plus de fer pour catalyser les réactions spécifiques dans la cellule qui permettent sa transformation. Donc, s’il n’y a pas de fer, il n’y a pas d’adaptation possible », explique le cancérologue.

Ainsi, si le fer n’est pas contrôlé, les cellules peuvent conduire à leur propre mort. Ce processus porte un nom : la ferroptose. Cette découverte a permis aux chercheurs de mettre au point une nouvelle classe de molécule : « Une fois qu’on avait compris ce concept, on a créé une nouvelle molécule, qu’on a dessinée sur le papier, synthétisée et programmée dans sa structure, la capacité d’aller à un endroit particulier dans la cellule pour l’intégrer d’une manière particulière avec le fer. Le fer va oxyder la membrane de la cellule et induire sa mort. »

Objectif : des premiers tests sur l’homme

Un long processus attend Raphaël Rodriguez et son équipe : « Il y a une phase d’optimisation des structures pour s’assurer qu’on ait la meilleure possible. Ensuite, il faut faire toute la partie biodisponibilité du produit, donc savoir où va la molécule dans l’organisme, est-ce qu’elle est stable, combien de temps elle reste pour savoir à quelle dose on l’utilise et sur quel cancer elle va être optimale, et enfin, une phase de développement industriel qui nécessite d’avoir une nouvelle infrastructure. »

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Il faut attendre au minimum 2 ans et au maximum 10 ans pour avoir un produit terminé. Le chercheur reste positif pour la suite : « D’ici deux ans, une fois qu’on aura étudié la toxicité réglementaire dans plusieurs modèles, on pourra faire les premiers tests chez l’homme. Il faut comprendre que ça ne se fait pas du jour au lendemain, c’est un peu un marathon. Mais il faut garder espoir car il y a beaucoup de travaux qui sont en cours, mais dont on ne peut pas parler car ils sont brevetés pour garder leur confidentialité. »

Alessandra Wyak

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