Conclave sur les retraites : « Personne ne croyait en un accord, et maintenant c’est devenu possible », affirme Hakim El Karoui

Crédit : BALTEL/SIPA

Pour la dernière fois ce 17 juin, syndicats et patronat se retrouvent pour tenter de trouver un accord sur les retraites. Le Premier ministre, François Bayrou, se dit prêt à accorder quelques jours supplémentaires de négociation aux partenaires sociaux. Invité de la matinale, le conseiller en stratégie Hakim El Karoui analyse la gestion politique de ce dossier.

Après quatre mois d’échanges, le conclave sur les retraites touche à sa fin. Pour le conseiller en stratégie Hakim El Karoui, on peut déjà dresser un bilan de cette concertation : « On a une victoire silencieuse, mais qui est la vraie conclusion de ce conclave. On ne parle plus de l’âge limite du départ en retraite de 64 ans, ça veut dire que les partenaires sociaux ont accepté l’idée qu’il va falloir travailler plus longtemps. »

L’âge du départ à la retraite en France est fixé à 64 ans, et si l’on souhaite une retraite à taux plein, il est de 67 ans. D’après l’auteur de La lutte des âges (aux éditions Flammarion, 2013) l’âge de départ à la retraite ne va qu’augmenter : « Je vous l’annonce, on va bientôt passer à 65, à 66 et à 67 comme la moyenne européenne, dans les prochaines années ! Ça progresse toujours petit à petit. Pour que ça passe, il faut que les gens comprennent comment fonctionne le système. »

Un système fondé sur l’équilibre démographique

« La grande difficulté du débat français, c’est qu’on a l’impression qu’on veut taper sur les salariés pour les faire travailler plus longtemps juste pour le plaisir », affirme Hakim El Karoui. D’après lui, il faut accepter la réalité : « Notre système est basé sur la solidarité entre les générations, donc il faut qu’il y ait suffisamment de travail des uns pour financer la retraite des autres. »

Le système de répartition français consiste à alimenter les caisses de retraites par les cotisations, basées sur les revenus professionnels des travailleurs en activité. Ce système est fondé sur l’équilibre démographique.

D’après l’essayiste, c’est justement la source du problème : « Les baby-boomers étaient très nombreux et la génération qui a suivi l’était beaucoup moins, donc mécaniquement, il faut travailler plus longtemps pour financer la retraite des baby-boomers. C’est la réalité, et la réalité ne ment pas ! »

Le travail doit être revalorisé

Le conseiller en stratégie affirme que « La retraite est considérée comme une sorte d’Eden dans la vie aujourd’hui. » On le constate avec des chiffres :  le taux de pauvreté chez les retraités est de 7 %, tandis que chez une famille active avec 2 à 3 enfants, il est de 25 %.

Pour Hakim El Karoui, s’alarme de la situation actuelle : « Personne n’a jamais dit qu’on allait vivre mieux à la retraite qu’au travail, et pourtant c’est ce qui se passe aujourd’hui. On a presque vaincu la pauvreté au grand âge ! » En France, 38 % du salaire va au financement des retraites ce qui, d’après une étude Rexecode représente 90 milliards d’euros par an. Il faut retrouver un équilibre : « La pauvreté a changé d’âge, il faut que les pensions baissent tout de suite pour baisser les charges sociales et augmenter les salaires. »

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De son côté François Bayrou propose une prime pour encourager les seniors à rester dans l’emploi. D’après Hakim El Karoui, une autre méthode est envisageable : « Le dernier moyen d’augmenter le travail en France, c’est l’immigration. Elle a un rôle primordial dans de nombreux secteurs en France. Le souci est qu’on ne veut pas la garder dans parmi les solutions, pourtant il faut qu’on s’y prépare car elle ne va faire qu’augmenter dans ces prochaines années et on en a besoin. »

Alessandra Wyak

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