En vue du Salon du Bourget, l’Institut Montaigne a publié une étude sur la puissance spatiale française. Le constat, sévère, annonce que notre défense spatiale est trop faible pour assurer notre sécurité et soutenir nos alliés. Arthur Sauzay, contributeur de l’Institut Montaigne sur les questions spatiales, dévoile comment la France peut redevenir une puissance spatiale dans la matinale de Radio Classique.
Emmanuel Macron va se livrer à un exercice qui ne s’est pas produit depuis 15 ans : dévoiler les grands axes de la stratégie française pour le secteur spatial. Il s’exprimera depuis le Salon aéronautique du Bourget, qui se tiendra du 16 au 22 juin. À cette occasion, Arthur Sauzay, l’un des auteurs de l’étude intitulée « Espace : le réveil de l’Europe » menée pour l’Institut Montaigne, alerte sur le retard français : « On prend conscience seulement aujourd’hui qu’il manque quelque chose en France comme en Europe au niveau spatial. »
Un retard qui n’est pas nouveau, explique-t-il : « La première note que j’ai eu l’occasion de faire avec l’Institut Montaigne, c’était en 2017, et on se concentrait déjà sur ce problème. On a laissé passer plusieurs années et maintenant on voit apparaître de nouvelles difficultés, comme dans la fabrication des satellites. »
Une meilleure gouvernance spatiale
« Sur l’ensemble des aspects du spatial, il faut que la France ait une stratégie cohérente et globale », insiste Arthur Sauzay. D’après lui, le problème se trouve dans la gouvernance spatiale : « Le Président de la République chapeaute, mais au niveau des ministères, ce n’est pas très clair. Pour l’Europe, on a l’Agence spatiale européenne, l’Agence spatiale de l’Union européenne, la Commission européenne… c’est très difficile de se coordonner. Clarifier tout cela sera un chantier fort de ces prochaines années. »
Le contributeur de l’Institut Montaigne sur les questions spatiales révèle qu’aujourd’hui, la France n’est pas assez puissante pour avancer seule : « Ce n’est pas complètement une surprise, mais on se rend compte que sur beaucoup d’aspects du spatial, si les Américains ne sont pas là pour nous soutenir, on est démuni. » Ce constat est d’autant plus visible en chiffres lorsque l’on sait que les États-Unis consacrent environ 5% de leur budget au secteur spatial tandis que la France seulement 1%.
Elon Musk et Jeff Bezos, venus de la tech, se sont lancés dans le domaine du spatial
Parmi la série de recommandations réalisées par l’Institut Montaigne, l’État doit notamment maximiser l’impact de son budget. Pour ce faire, Arthur Sauzay propose à la France de tourner son regard vers les États-Unis : « C’est important de comprendre ce qui est apparu aux États-Unis. Ils ont réussi à faire entrer de nouveaux acteurs non spatiaux dans le domaine du spatial, comme Elon Musk, Jeff Bezos, qui eux viennent de la tech. C’est comme ça qu’ils ont maximisé leur budget, et l’Europe peut aller voir les méthodes qu’ils ont mises sur la table. »
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SpaceX, la société d’Elon Musk, est considéré comme le plus grand acteur privé du secteur spatial américain. Depuis 2010, l’entreprise a lancé plus de fusées que l’Europe avec Ariane depuis le lancement du programme en 1979. Rattraper SpaceX serait l’objectif ultime pour rendre la France à nouveau compétitive d’après Arthur Sauzay : « On a 20.000 salariés qui travaillent dans ce secteur sur de très jolis objets technologiques, mais en petit nombre. Aujourd’hui, le grand enjeu, c’est d’être capable de le faire en masse. Starlink produit des milliers de satellites, il faut que l’on soit capable de se mettre au diapason. »
Alessandra Wyak
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