Santé mentale : «C’est évident que les jeunes ne vont pas bien», affirme le psychiatre et Académicien Raphaël Gaillard

Crédit : SYSPEO/SIPA

L’Académicien et directeur du pôle psychiatrique de l’hôpital Saint-Anne Raphaël Gaillard était l’invité de la matinale de Radio Classique. Il alerte sur l’état mental de nos jeunes et réagit sur la question de l’aide à mourir. Depuis deux semaines, les députés débattent sur la question de la fin de vie. Cet après-midi, ils participent à un scrutin solennel pour se prononcer sur les deux textes étudiés.

L’Assemblée nationale va se prononcer aujourd’hui sur les deux propositions de loi visant à développer les soins palliatifs et à créer un droit à l’aide à mourir. Le directeur du pôle de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne Raphaël Gaillard pose son regard sur la situation : « Ce que nous sommes en train de vivre, c’est la possibilité que mettre fin à ses jours devienne une forme de technique, et ça, c’est un changement civilisationnel majeur ! »

 Pourtant, ce bouleversement n’est pas synonyme d’une avancée positive pour le clinicien : « Le suicide, c’est toujours une dévastation ! C’est une négation du futur pour soi, mais aussi pour les autres ! Quand on rend cette idée implacable par le seul jeu de la loi et de l’assistance médicale, on rompt quelque chose d’essentiel dans la perspective de vie qui va au-delà de cette liberté que l’on revendique ! »

Une détresse psychique générale

Aujourd’hui sept pays ont légalisé l’euthanasie. Les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et récemment l’Espagne ont même légalisé l’euthanasie psychiatrique, qui est la procédure pour les personnes souffrant de maladies mentales telles que la dépression, l’anxiété ou les troubles de la personnalité.

La manière dont est réalisée l’aide à mourir va-t-elle primer sur celle des soins ? C’est ce qui préoccupe Raphaël Gaillard : « Pour moi, l’essentiel ce sont les soins ! Par exemple, une consœur, Lucie Berkovitch, a écrit une tribune autour de l’accès aux psychédéliques en fin de vie. Ce type de réponse me parait infiniment plus important et plus riche que la question de la technique de la mort. »

Le clinicien demande de ne pas négliger le bien-être psychologique. Il alerte d’ailleurs sur les difficultés mentales que connaît la jeunesse : « C’est évident que les jeunes ne vont pas bien. On parle même d’évidence épidémiologique ! Aujourd’hui, nous savons qu’en France l’incidence de la dépression est de 22 % chez les jeunes, quand elle était de 10 à 11 % il y a 5 à 10 ans, donc elle a doublé ! »

Les effets secondaires de la technologie

D’après certaines études, jusqu’à 40 % des étudiants sont en souffrance psychique. Les causes sont tout à fait explicables d’après le clinicien : « Évidemment, il y a plein de facteurs : la terre est en train de rôtir, il n’y a plus de projet politique, demain c’est la troisième guerre mondiale… L’hypothèse la plus probable, c’est que cette jeunesse s’hybride avec la technologie. Mais ce croisement a des effets secondaires, dont l’altération de notre santé mentale. »

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En 2023 en France, 96 % des enfants de 3 à 15 ans possédaient ou utilisaient un équipement numérique d’après une enquête Ipsos. Face à ce constat, le gouvernement avait mis en place une campagne nationale de sensibilisation à la parentalité numérique. Pour Raphaël Gaillard, il faudrait aller encore plus loin : « Nos jeunes sont aujourd’hui d’une très grande fragilité. Il faut s’interroger sur son origine et y remédier ! »

Alessandra Wyak

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