Grève des taxis sur le transport sanitaire : « On doit profiter de ce moment pour repenser nos logiques dans la santé »

Crédit : HOUPLINE-RENARD/SIPA

C’est le 4ᵉ jour de grève consécutif pour les chauffeurs de taxi. Ils protestent contre la concurrence des VTC, mais aussi les changements apportés à la prise en charge des transports sanitaires. L’invité de la matinale, Philippe Dessertine, auteur de L’Horizon des possibles aux éditions Robert Laffont, revient sur la question du transport des malades.

Le 6 mai dernier le gouvernement approuvait un arrêté sur un projet de nouvelle tarification de l’Assurance maladie sur les transports des malades par des chauffeurs de taxi conventionnés. Devant rentrer en rigueur le 1ᵉʳ octobre, elle a pour objectif de contrôler la croissance des dépenses de transport sanitaire. Problème : ces trajets vers les hôpitaux représentent la majorité du chiffre d’affaires de nombreux chauffeurs.

Pour l’économiste Philippe Dessertine, cette raison s’explique : « En France, on a dit avoir un problème du coût de la santé. Alors on a supprimé des hôpitaux, en particulier dans des petites villes. Si on enlève les endroits où il y avait des hôpitaux, il va falloir que des taxis amènent les malades. Ça coûte beaucoup moins cher d’utiliser des taxis que d’avoir des hôpitaux partout. »

Mais cette logique s’est retournée contre elle-même : « on avait vendu aux patients de ne pas s’inquiéter car on les amènera là où ils doivent aller pour être soignés, et maintenant on leur dit on va vous mettre à 5 dans le même taxi. »

Vers une refondation du modèle de santé

Cette situation met en lumière un problème structurel bien plus large : celui de la réorganisation du système de santé en France d’après l’auteur de L’Horizon des possibles.

La crise actuelle peut alors devenir une opportunité de transformation : « On doit profiter de ce moment où on va être obligés de remettre à plat nos finances publiques », explique-t-il.

Il appelle à écouter ceux qui sont en première ligne : les médecins : « Beaucoup de grands professeurs de médecine me disent que nous sommes dans une révolution incroyable, comme par exemple avec l’IA générative. Ça veut dire qu’il est temps que notre logique dans la santé soit complètement mise à plat. »

A lire aussi

 

Pour l’écrivain cela nécessiterait de remettre l’humain au cœur de cette réforme : « La logique stratégique, c’est de se dire que si je dois revoir les finances publiques, autant revoir aussi comment je vais servir l’humain. » L’économiste plaide pour un modèle plus horizontal, c’est-à-dire pour que notre système de santé soit fondé sur une présence médicale renforcée sur l’ensemble du territoire.

La crise des taxis agit comme un révélateur d’un système à bout de souffle : « Si on se dit qu’on doit faire économie sur économie, au bout d’un moment, on ne soigne plus les gens », conclut Philippe Dessertine.

Alessandra Wyak

Retrouvez toute l’actualité Société