Ce mardi, Le Figaro dévoilait un rapport sur les Frères musulmans commandé par l’exécutif. Dans ces 73 pages, on découvre le poids de l’organisation en France et sa volonté d’entrisme dans la société. L’invité de la matinale, Hugo Micheron, auteur de La colère et l’oubli. Les démocraties face au djihadisme européen (aux éditions Gallimard) pose son regard de chercheur sur les révélations de ce rapport.
« Cet entrisme islamiste est une menace pour la République et notre cohésion nationale », a commenté le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau après la fuite dans la presse de ce rapport. Intitulé « Les Frères musulmans et l’islamisme politique en France », il alerte sur l’influence des Frères musulmans en France.
Le chercheur Hugo Micheron explique l’importance d’une telle recherche : « C’est un sujet qu’on a du mal à documenter. En tant que chercheurs, ce genre de données chiffrées et d’éléments très concrets sont essentiels. Même s’il est épineux, la France est le seul pays à permettre le débat. »
L’invité de David Abiker insiste aussi sur la nécessité de comprendre l’objectif des Frères musulmans : « Depuis 30 ou 40 ans en Europe, et pas seulement en France, ils veulent s’imposer comme des intermédiaires entre l’État et les musulmans en s’autoproclamant leur représentant. »
La méthode des Frères musulmans
Ce rapport a été commandé par l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en 2024, puis relancé par Bruno Retailleau. Parmi les révélations, on y découvre les méthodes « d’entrisme », qui est une technique d’influence du mouvement. Hugo Micheron explique : « C’est beaucoup moins visible, ça va du clientélisme électoral bas de gamme à des campagnes beaucoup plus subtiles d’intimidation avec des accusations d’islamophobie de l’État et de racisme systémique exercé contre les musulmans au nom d’un projet pour détruire l’islam ».
D’après lui, ils souhaiteraient passer de cette logique d’entrisme à une logique de séparatisme : « Ils sont adeptes du double discours, donc la façade est impeccable, et quand le rideau se tire, le discours est beaucoup plus communautariste et donc crée un ordre à part. »
Une nouvelle mouvance : le salafo-frérisme
« Le monde du frérisme est basé sur une méthodologie d’action politique et se rapprocherait beaucoup d’un syndicat ou d’un parti politique avec des idées politico-religieuses. »
Les Frères musulmans sont donc très organisés, pourtant ce ne serait pas le cas de leur doctrine d’après le chercheur : « Ils vont aller vers là où c’est le plus porteur du côté des islamistes ! Depuis 15/20ans, ils ont plutôt tendance à s’aligner vers les prétentions endoctrinables des salafistes. »
A lire aussi
Leur présence a pris tellement d’ampleur qu’une mouvance s’est créée : « on l’appelle le salafo-frérisme. Donc c’est à la fois des militants assez politiques qui comprennent assez bien le débat politique français et comment se glisser dans les failles pour promouvoir leurs intentions dites modérées, alors que sur le fond elles sont assez radicales. »
Il fait un dernier constat sur l’utilité de ce rapport : « C’est un impératif d’en parler ! Ça va aider l’État à montrer que c’est une préoccupation du plus haut niveau. »
Alessandra Wyak
Retrouvez toute l’actualité Société