Fabrice Balanche, professeur à l’Université Lyon 2 : « Il faut garantir la liberté académique aux enseignants français ! »

Crédit : KONRAD K./SIPA

« Racistes, sionistes, c’est vous les terroristes » ont scandé des individus cagoulés et masqués, ce 1 er avril, dans un amphithéâtre de l’université Lyon 2 . Ils ont interrompu en plein cours le maître de conférences Fabrice Balanche. Invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi, il est revenu cet événement et les allégations dont il fait l’objet.

Des étudiants propalestiniens ont interrompu votre cours sur l’Europe, vous conduisant par leur attitude hostile à quitter votre amphithéâtre. Qu’est-ce qui a déclenché cet incident ?

Depuis un mois et demi, nous avions un groupe d’étudiants qui occupait une salle que l’université leur laissait pour organiser des activités militantes. On était en période de ramadan et ils ont commencé à y organiser des ruptures de jeûne et y ont créé un coin prière. Et à un moment, ils ont appelé les étudiants musulmans à venir les rejoindre en publicisant leur rupture de jeûne sur les réseaux sociaux.

Dans un premier temps, la présidence de l’université leur a demandé de nommer ces ruptures de jeûne « repas partagé » ou « repas fraternel » et s’ils suivaient sa consigne elle les laisserait continuer. Mais le groupe d’étudiants a refusé toute négociation et ils ont traité la présidente d’islamophobe et de raciste.

Une irruption dans l’amphithéâtre

À partir de cet événement, la salle leur a été fermée pour qu’ils n’organisent pas de manière officielle ces iftar. Le lendemain, le vendredi 28 mars, ils ont bloqué le campus pour protester contre l’islamophobie et ont réclamé une salle de prière et la liberté de pouvoir organiser des ruptures du jeûne dans l’université, tout en traitant la présidente d’islamophobe et de raciste.

En début de semaine suivante, vous teniez un cours sur l’Europe qui ne parlait en aucun cas du Proche-Orient ou de la Palestine, pourtant vous avez été soudainement interrompu ?

Deux jours plus tard, je faisais un cours sur le voisinage de l’Union européenne et, en plein milieu, quand une vingtaine de personnes masquées, cagoulées, ont fait irruption dans mon cours. Ils avaient des pancartes sur lesquelles étaient inscrit « libérez la Palestine » et « non au nettoyage ethnique. » Je les entendais hurler « raciste, sioniste, c’est vous les terroristes ! » Ils ont fini par m’encercler, et par me traiter de tous les noms comme « complice d’Israël », « complice du génocide » ou encore « pro-Assad ». Mais c’était uniquement verbal ; il n’y a pas eu de violence physique.

Quand ils ont commencé à m’invectiver directement, j’ai décidé de prendre mes affaires et de quitter l’amphithéâtre. Ils voulaient me garder d’ailleurs, pour que je réponde à mes prises de position et faire mon procès devant tous les étudiants. Ça m’a rappelé les méthodes des Gardes rouges pendant la Révolution culturelle en Chine.

Une fois sortis, ils ont voulu me poursuivre, mais quelques-uns de mes étudiants se sont interposés.

Le Proche-Orient, un sujet « explosif » dans les universités françaises

Aujourd’hui, l’essentiel des étudiants ont peur, car ils n’ont pas envie d’être pris à partie. Depuis plusieurs années, on leur a tellement expliqué qu’Israël, ce sont les méchants, et que le Hamas est gentil, que la plupart des étudiants ne peuvent pas trop se situer par rapport à la complexité de ce conflit.

Avez-vous le sentiment qu’aujourd’hui on ne peut pas enseigner sereinement certains sujets dans les facultés françaises ?

Oui, tout à fait. Surtout en ce qui concerne le Moyen-Orient et le conflit israélo-palestinien, c’est explosif ! Vous avez un tel terrorisme intellectuel qui s’exerce de la part des pro-palestiniens et des pro-Hamas sur les cours que, si vous voulez avoir une vision objective du conflit, ce n’est pas possible. Le simple fait de dire que le Hamas est un groupe terroriste vous met en porte-à-faux par rapport à la doxa.

Soyons clair, vous n’avez jamais pris de position pro-israélienne ?

Le conflit israélo-palestinien, ce n’est pas mon cœur de métier ! Je suis spécialiste de la Syrie, de l’Irak et du Liban. Bien évidemment, je fais des analyses sur le conflit israélo-palestinien, mais ce sont des analyses géopolitiques, pas mon avis personnel !

« Si vous ne suivez pas le courant dominant, vous serez marginalisés »

À titre d’exemple, en décembre 2023, j’avais expliqué qu’un des scénarios possibles serait l’évacuation par Israël des Palestiniens de Gaza. C’était bien avant que Donald Trump parle de son projet de Riviera et de la réoccupation de Gaza. J’avais élaboré cette hypothèse car, à mon sens, ça faisait partie des scénarios possibles. Attention, ce n’est pas moi qui encourage Netanyahou à le faire, ce n’est pas mon avis personnel. Je le redis, c’est un scénario possible.

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Mais on me l’a quand même reproché. Ce qui est assez incroyable, c’est que ça soit la présidente de l’université qui me le reproche, puisque, dans une interview du 16 avril dans la Tribune de Lyon, elle déclare : « Ça ne m’étonne pas que ça tombe sur lui, vu ses prises de position sur Gaza. »

Emmanuel Macron promettait lundi la liberté académique aux chercheurs et aux universitaires étrangers qui rejoindraient la France lors de son discours à la Sorbonne. Est-ce qu’on peut considérer qu’aujourd’hui, il faut d’abord la garantir aux enseignants français ?

Oui, il faut garantir la liberté académique aux enseignants français ! En théorie, la liberté d’enseignement, la liberté académique et la liberté de faire des recherches sont absolues en France, mais en pratique, ce n’est pas le cas. Si vous avez des directions de recherche qui ne sont pas dans la doxa du CNRS ou de l’université, on vous laissera faire, mais vous n’aurez pas de crédit de recherche.  En conclusion, si vous ne suivez pas le courant dominant, vous serez marginalisés.

David Abiker 

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