Sylvie Dieu Osika a été la première à avoir ouvert une consultation dédiée à la surexposition des enfants aux écrans à l’hôpital Jean-Verdier de Bondy, en région parisienne. La pédiatre, co-autrice avec son époux Eric Osika de L’Enfant-écran, comment échapper à la pandémie numérique aux éditions Grasset, était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce jeudi 27 février.
Comment faire pour que les parents prennent conscience des dangers des écrans pour leurs enfants ? Peut-être en parlant de pandémie. C’est le terme-choc choisi par la pédiatre Sylvie Dieu Osika pour expliquer le phénomène : « Cela résonne évidemment avec ce qu’on a vécu [lors de la crise du Covid], nous n’avons pas toujours conscience des effets du numérique sur le développement des enfants ».
Depuis l’ouverture en 2019 de sa consultation dédiée à la surexposition aux écrans, elle reçoit des patients de plus en plus jeunes. « Je voyais des enfants de moins de 6 ans, maintenant ils ont moins de 3 ans. Le plus jeune avait 18 mois lors de sa consultation ».
Les enfants surexposés aux écrans ne connaissent pas la 3ème dimension
Elle souligne d’ailleurs dans son livre qu’en moyenne aujourd’hui, un enfant de moins de 2 ans est exposé à trois heures d’écran par jour, de façon directe ou indirecte. Quels sont les effets de cette surexposition ? « Ce sont des enfants qui sont dans leur bulle, perdus parce qu’ils n’ont pas appris la 3ème dimension. Ils ont été malheureusement sollicités en permanence par les écrans et ne connaissent pas le monde qui les entoure ».
Sylvie Dieu Osika alerte en particulier sur les plateformes « soi-disant éducatives, pédagogiques ». « On n’apprend rien sur un écran », poursuit-elle, citant l’exemple des outils destinés à apprendre l’alphabet. « Pendant des heures, [l’enfant] va entendre ABCD dans toutes les langues, des comptines qu’il va répéter sans en comprendre la signification, comme un perroquet répète des mots qu’on va lui apprendre ». La médecin dénonce « la gravité » de ce phénomène : « ce n’est pas du langage ».
Un autre effet délétère des écrans a été relevé il y a seulement quelques années : la myopie, qui s’étend de plus en plus. « C’est déjà un problème majeur en Asie, et nous aurons aussi évidemment ce constat. Il y a également un effet sur la rétine qu’on ne connaît pas encore très bien ». On utilise les écrans dans un milieu fermé avec une lumière inadaptée, décrit Sylvie Dieu Osika.
L’écran, un objet « diabolique »
Elle refuse pour autant d’accabler les parents, qui « ne sont pas suffisamment informés » sur les effets de cette surexposition. Ils ont l’impression, dit-elle, que le numérique va faire mieux qu’eux, notamment leur apprendre des mots en anglais. Mais tendre un écran à un enfant, « c’est lui donner un objet diabolique, et je pèse mes mots », insiste l’invitée de Marc Bourreau.
Le digital « éteint le cerveau » des enfants, explique Sylvie Dieu Osika, « c’est du temps volé aux activités qu’ils devraient avoir ». Mais une fois qu’on a pris conscience du phénomène, quelles sont les solutions ? « La meilleure chose à faire est un sevrage total, comme pour le tabac et l’alcool ».
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Elle préconise d’arrêter totalement les écrans pour que l’enfant puisse sortir de sa bulle, et redécouvrir le monde en 3ème dimension : « courir, jouer, aller dehors ». Un sevrage qui doit être accompagné selon elle par les parents, « qui se trouvent également détachés des écrans pour se rendre disponibles pour l’enfant ».
Béatrice Mouedine
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