Le niveau des élèves français en mathématiques ne fait que chuter, alors que l’Ecole polytechnique est aujourd’hui la meilleure grande école d’ingénieurs française selon le dernier classement du Figaro. Un « grand paradoxe » pour Laura Chaubard, sa directrice générale : elle était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce mercredi.
« Aujourd’hui, les employeurs partout dans le monde connaissent l’Ecole polytechnique », affirme sans hésitation Laura Chaubard, récemment devenue présidente par intérim du conseil d’administration de la prestigieuse institution. L’aura de l’école ne se limite pas à la France, bien au contraire : sa directrice souligne que l’X est classée 10e dans le monde en matière d’employabilité.
Pour Laura Chaubard, le modèle élitiste à la française, qui se démarque de celui de nombreux autres pays, ne pénalise pas les élèves issus de classes préparatoires : « Ils sont appréciés dans toutes les formations, en France comme à l’international. On y apprend des bases mathématiques solides, on y apprend à travailler et à raisonner. Et ça, c’est reconnu partout dans le monde ».
Les mathématiques, un « paradoxe » français
Une note d’alerte du Conseil scientifique de l’éducation nationale (Csen) pointe récemment « le retard considérable des élèves français en mathématiques ». De nombreux enseignants en classe préparatoire partagent également ce constat.
« On est en France dans un grand paradoxe avec les mathématiques » analyse Laura Chaubard. Elle observe d’un côté que « l’école d’excellence française en mathématiques » subsiste encore, en citant l’exemple d’Hugo Duminil-Copin qui avait obtenu la prestigieuse médaille Fields, l’équivalent d’un Prix Nobel pour les mathématiques, en 2022.
De l’autre côté, il y a « cette grande mystification » de la discipline au sein de la population. « C’est un peu l’une des seules matières dont on se glorifie, à tout âge et à tout niveau socio-économique, de n’y avoir jamais rien compris », déplore la directrice de l’Ecole polytechnique. Pour Laura Chaubard, il y a une « forte part culturelle » dans l’apprentissage des mathématiques, comme pour tout langage.
Un vent de contestation à Polytechnique
Au-delà du sujet précis des mathématiques, Laura Chaubard se dit très « préoccupée » par « la grande défiance » vis-à-vis des sciences, « qui va jusqu’à remettre en cause les fondamentaux de la démarche scientifique ».
Au sein de l’Ecole polytechnique, une autre forme de défiance se développe, qui s’est notamment manifestée l’année dernière à l’occasion de la remise de diplômes. Les étudiants avaient profité de ce moment pour lancer un appel à la prise de conscience de l’urgence écologique.
Si Laura Chaubard trouve « sain que dans une promotion de 550 élèves, il y ait toutes les sensibilités ». Ces jeunes de 20 ans, « éveillés sur le monde qui les entoure », se posent des questions sur leur place dans la société, précise l’invitée de David Abiker, « beaucoup plus qu’il y a 20 ans ».
Les écoles d’ingénieurs peinent à recruter des femmes
Ils entendent « donner du sens » à leur parcours scolaire et à leur carrière. L’ingénieure observe ainsi que ces étudiants « se tournent vers des métiers d’engagement, parfois militants, sur la transition écologique, dans le service public, dans l’industrie pour agir sur l’appareil de production ».
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Pour la directrice générale de Polytechnique, deux axes sont prioritaires dans son action : le « développement durable » et « l’égalité des chances » au sein de l’école. Sur le deuxième sujet, Laura Chaubard affirme que « les écoles d’ingénieurs ont un problème avec le recrutement des jeunes femmes ». Elle ne sont pas suffisamment à se présenter aux concours. L’ingénieure le déplore : « les femmes font des sciences, mais elles se détournent des sciences les plus mathématiques ».
Paul Cassedanne