C’est une tradition républicaine : tous les cinq ans, on change le dessin de la Marianne qui orne nos timbres-poste. La dernière version en date, la « Marianne de l’avenir », a été présentée ce mardi lors d’un déplacement d’Emmanuel Macron à Périgueux. Mais derrière la nouveauté artistique se cache une sombre réalité économique pour le courrier…
Le président de la République a eu le privilège de dévoiler la nouvelle Marianne depuis Boulazac, le siège de l’imprimerie de La Poste qui, depuis 1968, fabrique des timbres dans la périphérie de Périgueux en Dordogne.
Puisqu’il a été réélu, Emmanuel Macron avait déjà présenté la précédente Marianne en 2018, qui avait été dessinée par la street artiste « YZ ». La nouvelle version est le résultat d’un travail de 60 jeunes. En 1961, Charles de Gaulle avait demandé l’aide de Jean Cocteau. Mais au-delà du côté artistique, c’est le symbole économique que représente cette Marianne qui interpelle.
Le déclin inexorable du courrier
Longtemps les présidents ont fait de la Marianne des timbres un symbole politique. Valéry Giscard d’Estaing avait choisi une Marianne qui regardait vers la droite. François Mitterrand avait répondu avec une version regardant à gauche. François Hollande avait retenu une Marianne militante Femen.
Mais aujourd’hui, cette figure est surtout le symbole du déclin du courrier. La nouvelle Marianne ne sera même plus proposée en rouge parce que le timbre rouge qui proposait une lettre distribuée le lendemain a disparu le 1er janvier. Nous aurons une Marianne verte pour le courrier à J+3 (acheminé en trois jours) et une variante turquoise : un J+2 avec traçabilité, mais qui est vendu 2 euros 95 contre 1 euro 16 pour le vert.
Emmanuel Macron a dévoilé à l'imprimerie de La Poste de Boulazac (Dordogne) le visage de la nouvelle Marianne – réalisée par le graphiste Olivier Balez – symbolisant la transition écologique, qui va orner les timbres d'usage courant à partir du 13 novembre prochain #AFP pic.twitter.com/VtD6Wj0tMF
— Agence France-Presse (@afpfr) November 7, 2023
Tout cela reflète le déclin inexorable et ultra-rapide du courrier. En 2008, on envoyait encore 18 milliards de lettres. L’an dernier, seulement 6 milliards. En 10 ans, le chiffre d’affaires « courrier » de La Poste a chuté de 6 milliards d’euros. C’était 70% du chiffre d’affaires du groupe en 1990. Ce n’est plus que 16% du total aujourd’hui.
La Poste a dû diversifier ses activités
L’opérateur postal n’a pas eu d’autre choix que d’encaisser le choc. Les textos et les e-mails ont eu la peau du courrier. En 2010, un foyer utilisait 45 timbres rouges par an. L’an dernier… un seul. Pour s’en sortir, La Poste a déjà arrêté le courrier à J+1 qui coûtait très cher et n’était pas très écologique, puisqu’il fallait que les enveloppes prennent l’avion ou roulent de nuit dans un camion de plus en plus vide.
Quand on prend plus de temps, cela coûte moins cher. L’idée est de mutualiser. Ensuite, les prix ont flambé. Le timbre vert coûtait 58 centimes il y a dix ans contre 1,16 euro aujourd’hui. C’est bien plus que l’inflation.
A lire aussi
Mais surtout, La Poste a bénéficié de l’explosion des colis liée au boom du e-commerce, et s’est diversifiée dans la banque, l’assurance, le transport express… et des services postaux à plus forte valeur ajoutée. Si le groupe n’avait pas réussi à se réinventer, la nouvelle Marianne ferait avant tout la grimace…
Retrouvez toute l’actualité Société
Le Sénat veut interdire l’écriture inclusive
Israël-Hamas : « YouTube est 100% aligné avec le principe d’un internet plus responsable », assure sa directrice générale
« L’hyper individualisme nous empêche de rêver en commun » analyse l’historien Jean Garrigues
Vaccin contre le cancer du poumon ? Attention à « ne pas nourrir de faux espoirs », avertit la cancérologue Marie Wislez