Le Sénat veut interdire l’écriture inclusive

JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le Sénat a voté hier une proposition de loi, déposée par une élue LR, interdisant l’écriture inclusive dans tous les textes officiels, mais aussi les modes d’emploi, les contrats, les petites annonces? etc. Un sujet clivant…

La droite ne veut pas entendre parler de cette vogue : reformater la langue française avec l’objectif affiché par les néoféministes de faire reculer les inégalités entre les sexes.
Les défenseurs de cette écriture inclusive, de plus en plus radicaux, ne manquent pas d’imagination. Ils veulent mettre des points médian partout pour inclure les deux genres.

Et que dire de ces nouveaux pronoms neutres, qu’ils préconisent : il y a le pronom « iel », mais aussi « ille », « ul », « ol », « toustes », « touz », et j’en passe !
Ce serait illisible et rendrait l’apprentissage du français encore plus difficile : voilà ce qu’en pensent les sénateurs LR.

Edouard Philippe a proscrit l’usage du point médian dans les textes officiels

L’Académie française est sur la même ligne : « les promoteurs de l’écriture inclusive violentent les rythmes d’évolution du langage selon une injonction brutale, arbitraire et non concertée ». Mais une langue peut tout de même évoluer, c’est une matière vivante. Il suffit de lire François Villon, Montaigne, Racine, pour la voir tracer son chemin, s’accaparer des mots étrangers, transformer sa syntaxe. Mais c’est l’usage qui fait le travail. Pas des visions militantes.

C’est ce qui a poussé la majorité à mettre des garde-fous : d’abord en 2017, Edouard Philippe à proscrit l’usage du point médian dans les textes officiels. Puis, Jean-Michel Blanquer à l’école. Hier, hasard du calendrier, Emmanuel Macron inaugurait la cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, un lieu symbolique. C’est là que François 1er a décidé de faire du français la langue administrative.

Les Macronistes divisés sur l’écriture inclusive

Le président a déclaré : « on n’a pas besoin de rajouter des points au milieu des mots ou des tirets, ou des choses pour la rendre lisible ». C’est une clarification. Il n’avait jamais été aussi clair sur le sujet. Il faut dire que son camp est divisé. « On est deux tiers contre, un tiers pour », me confiait un député Renaissance.

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Preuve de cet embarras, la majorité n’a pas voté pour la proposition de loi contre l’écriture inclusive défendue il y a peu par le Rassemblement National.
Si la proposition de loi contre l’écriture inclusive, votée hier, arrive un jour à l’Assemblée, cela promet de jolies contorsions dans le camp du « en même temps ».

Marcelo Wesfreid

 

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