Le président du Medef, invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi, considère qu’il faut « laisser sa chance au produit », autrement dit poursuivre la négociation dans le cadre du conclave sur les retraites. Une position difficile à tenir alors que plusieurs syndicats ont déjà claqué la porte.
Même si de son propre aveu « les chances d’aboutir sont minces », Patrick Martin confirme que le Medef, qui représente 70% du patronat, compte bien rester à la table des négociations.
Il insiste sur l’esprit de « responsabilité » de son organisation, et rappelle « l’impératif de retour à l’équilibre financier », alors que selon lui, les syndicats veulent faire passer en priorité d’autres sujets. « Nous ne pouvons pas nous exonérer de ce débat », poursuit-il, expliquant que ce n’est pas un enjeu direct pour les entreprises, mais « un enjeu pour le pays ».
Le Medef n’est « pas obsédé par le débat sur les retraites »
Le président du Medef appelle les partenaires sociaux à prendre en compte une situation des finances publiques qui devient critique « a fortiori avec l’effort de guerre qu’on devrait financer ». Il ajoute même qu’ « au Medef, on n’est pas obsédé par ce débat sur les retraites, raison de plus pour qu’il soit appréhendé d’une manière objective et sereine ».
On est en effet très loin d’une forme de sérénité dans au sein de ce conclave organisé par François Bayrou, surtout depuis que le Premier ministre a écarté définitivement la possibilité d’un retour à la retraite à 62 ans. Force Ouvrière et l’U2P sont déjà partis et la CGT pourrait faire de même.
« Je ne désespère pas », réagit l’invité de David Abiker, « mais on ne tiendra pas onze séances comme ça à jouer à cache-cache ». « De toutes façons, nos régimes sociaux étant épuisés, on ne pourra pas reporter cette discussion. Le plus tôt sera le mieux ».
Un accord sur les groupes de protection sociale ?
Patrick Martin évoque même une possible sortie par le haut : « il n’est pas impossible que tous les partenaires sociaux – dont la CGT – signent un accord sur les groupes de protection sociale, qui gèrent les complémentaires santé et qui gèrent en partie les retraites ».
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Il assure que « la ligne n’est pas coupée entre organisations patronales et syndicales », et observe que la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC discutent toujours. « Mais il ne faut plus jouer la montre. On saura assez vite si les syndicats, la CFDT en particulier, sont capable d’argumenter en disant ‘on peut rejoindre l’équilibre financier sans revenir sur l’âge de départ à 64 ans’ ».
Interpellé par David Abiker sur d’éventuels contacts avec ses homologues américains, Patrick Martin a confirmé qu’il parlait « à tout le monde, y compris aux syndicats ». Il révèle que certains en off estiment qu’il faudra « revenir à la raison et [disent] que les Etats-Unis partent en vrille alors même qu’on prétend les renforcer ».
Béatrice Mouedine
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