Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, est le co-auteur avec Marie-Paule Virard du livre Quelle France en 2050 ? Face aux grands défis en Europe et dans le monde chez Odile Jacob. Un ouvrage de prospective alors que plusieurs grandes transitions sont en cours, notamment écologique et numérique.
Le point de départ de cet livre a été, explique Patrick Artus, « l’observation d’un très grand handicap de la France et de l’Europe par rapport aux à d’autres pays ». S’agissant des États-Unis, le handicap est même double selon lui, à la fois démographique et de productivité.
En Europe, la population en âge de travailler recule, « pratiquement de 0,5% par an », souligne-t-il, et l’Europe « a perdu de la productivité depuis 2017 ». Un phénomène qui n’est donc pas lié à la crise du Covid. À ce sombre tableau s’ajoute l’évolution du pouvoir d’achat des Européens : les projections montrent que d’ici 2050, le poids de l’Europe dans l’économie mondiale va s’effondrer.
Un redressement européen est-il possible ?
Selon le livre de Patrick Artus, il y aura 90% de croissance cumulée aux Etats-Unis contre seulement 11% dans l’Union européenne en 2050, note François Geffrier. « Nous nous sommes demandé si cette situation était inexorable, si l’Europe allait disparaître comme grande puissance, ou s’il y avait des pistes pour un redressement européen ». Il concède qu’il faut tout de même « accepter l’idée que l’Europe est en grande difficulté ».
Comment expliquer cette différence avec les États-Unis, qui passeront de 30% aujourd’hui à 35% du PIB mondial d’ici 2050 ? Patrick Artus avance deux explications : d’abord, la démographie, avec 3 millions d’étrangers sur le sol américain en 2023, et l’énorme effort financier pour la recherche. Celui-ci représente 3,5% du PIB aux États-Unis, contre un peu plus de 2% du PIB en France. « C’est presque du simple au double quand vous comparez l’Europe et les États-Unis ! » lance l’économiste. Et ces investissements sont concentrés dans les nouvelles technologies, les télécoms, l’intelligence artificielle, etc.
L’Inde, malgré sa forte population, est petite économiquement… pour l’instant
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la Chine va fortement ralentir, et l’Inde ne va pas tout rafler, malgré sa position de première population mondiale. « L’Inde a un niveau de revenu par habitant initial aujourd’hui qui est extrêmement faible. Il représente 4 fois moins que le revenu par habitant en Chine. Et comme le revenu par habitant en Chine est 4 fois moins qu’aux États-Unis, l’Inde est en réalité toute petite ». Patrick Artus estime que le pays sera « probablement la plus grande puissance du 22ème siècle, mais pas en 2050 ». La situation est similaire pour l’Afrique, qui dispose d’une croissance de population forte, mais dont le niveau de vie initial est trop réduit.
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En 2050, le « match » se jouera donc entre les Etats-Unis, l’Europe, et la Chine. Pékin souffre d’ailleurs des même maux que l’Europe : « le recul démographique entraîne un recul de la productivité. La Chine aura une croissance très faible à partir de 2030 ».
Béatrice Mouedine
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