« La Chine a absolument besoin de l’Union européenne pour l’exportation » assure le président d’Asia Centre

Sean Kilpatrick/AP/SIPA

La guerre annoncée entre la Chine et les Etats-Unis aura-t-elle lieu ? Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre analyse les dernières mesures annoncées, et donne de la Chine une image plus dépendante du reste du monde que celle qui est parfois véhiculée.

Pékin vient de répliquer à l’augmentation des droits de douane américains de façon plus modérée qu’attendue. Ainsi, les autorités chinoises appliqueront des taxes douanières supplémentaires sur les produits agricoles en provenance des Etats-Unis, sans toucher au charbon et au gaz naturel liquéfié. Jean-François Di Meglio, à la tête de l’Asia Centre, un institut de recherche indépendant consacré aux économies asiatiques, y voit « une forme de graduation dans cette pseudo guerre commerciale ». Une sorte d’effet d’annonce quand on sait que « la Chine importe moins des Etats-Unis que les Etats-Unis n’importent de la Chine ».

L’objectif serait donc de s’en prendre aux électeurs supposés du président américain : « dans l’esprit des dirigeants chinois, le soja est cultivé par des agriculteurs qui votent pour Donald Trump ». En attaquant son électorat, la Chine tente de le déstabiliser pour arriver à une négociation, avant les très stratégiques élections législatives américaines de mi-mandat.

Un rapprochement entre la Chine et l’Union européenne ?

Dans le même temps, l’Empire du milieu cherche à se rapprocher des Européens, poursuit l’invité de Stéphane Pedrazzi : « La Chine a absolument besoin de l’Union européenne pour exporter », d’autant que les exportations sont un pilier central de la croissance chinoise. « Même si ses principaux partenaires se situent désormais en Asie du Sud-Est, la Chine a accumulé 1000 milliards de dollars d’excédents commerciaux en 2024, dont une grande partie en Europe », indique Jean-François Di Meglio.

Une tentative de rapprochement de la Chine vers l’Union européenne qui pourrait surprendre, en particulier après les bisbilles autour des voitures électriques. Mais les Européens sont aussi face à « une redistribution totale des cartes », pointe le président d’Asia Centre. Les tensions actuelles avec les Etats-Unis pourraient amener l’Union européenne à envisager de « nouvelles configurations commerciales », à condition toutefois d’avoir un cadre très précis.

La Chine a une population qui épargne

S’agissant des exportations justement, certains s’interrogent sur la nécessité réelle qu’a la Chine de s’appuyer sur l’étranger, comme l’évoque Stéphane Pedrazzi : « Est-ce que le pays a les moyens de compenser avec la consommation intérieure ce qu’elle pourrait perdre en termes d’exportation, en cas d’intensification de la guerre commerciale ? »

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Jean-François Di Meglio balaie cette théorie d’un revers de main. « En réalité, ça ne marche pas. La croissance croît moins vite que le PIB. La Chine a une population qui vieillit et qui – contrairement aux Occidentaux – n’est pas rassurée par le montant de ses retraites. Elle ne consomme pas ». Il évoque aussi la tradition d’épargne des Chinois face aux incertitudes économiques, qui laisse penser qu’une telle compensation serait inenvisageable.

Béatrice Mouedine

 

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