Le 27 mai, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi sur la fin de vie. Elle doit poursuivre son parcours législatif au Sénat. Emmanuel Hirsch, professeur émérite d’éthique médicale, membre de l’Académie de médecine, directeur de l’éthique du Groupe Emeis, est l’auteur de Anatomie de la bienveillance : Réinventer une éthique de l’hospitalité. Invité de la matinale, il s’interroge sur les conditions de recours trop générales face à la complexité de ce besoin social.
Les députés ont franchi une étape clé : ils ont adopté la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir en première lecture à l’Assemblée nationale. Porté par le député MoDem Olivier Falorni, ce texte pourrait être définitivement adopté d’ici 2027.
Emmanuel Hirsch, auteur de « Anatomie de la bienveillance : Réinventer une éthique de l’hospitalité » sorti aux éditions Cerf, alerte sur la tendance à se focaliser uniquement sur la fin de vie : « On ne doit pas être obsédé uniquement par la fin de vie, je trouve qu’il y a une indécence politique à en faire un enjeu prioritaire ».
Pour lui, il ne faut pas oublier la vie du patient : « Il faut d’abord prendre en compte le parcours de vie de la personne malade en lui offrant des soins de qualité, des conseils de qualité et l’accès à des établissements dignes des valeurs de notre démocratie. »
Une approche personnalisée
D’après le texte qui a été adopté, le suicide assisté sera ouvert aux personnes atteintes « d’une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale. » Il faut aussi que le demandeur présente « une souffrance physique ou psychologique constante. » Toutes ces conditions doivent être réunies pour accéder au droit à mourir.
Pourtant, le professeur émérite d’éthique médicale explique que le cas par cas est nécessaire : « On est dans un contexte où il faut une approche personnalisée ! Je pense que la référence c’est la loi Leonetti du 22 avril 2005. Elle est très équilibrée car elle intègre la question de la souffrance tout en laissant le choix à la personne d’abréger son existence. »
Le 12 avril 2001, les Pays-Bas devenaient le premier pays à rendre légale l’euthanasie. Aujourd’hui, ils sont au nombre de six. Emmanuel Hirsch alerte sur les possibles dérives : « On a par exemple observé qu’au Canada, les personnes très vulnérables sont plus exposées à recourir à l’euthanasie, il y a eu une banalisation du suicide ce qui est parfaitement incroyable lorsque le fondement de notre société est de ne pas tuer. »
La mort sociale
« Quand vous êtes autonome, quand vous avez une vie sociale, ce n’est pas un problème, mais quand vous êtes solitaire et vulnérable, cette loi vous fragilise et va à l’encontre du devoir de protection et de solidarité », assure Emmanuel Hirsch.
Le samedi 24 mai, 300 personnes malades ou handicapées et leurs aidants se sont rassemblés près de l’Assemblée nationale pour dénoncer les dangers de la proposition de loi. Le membre de l’Académie de médecine confie : « Ils ont le sentiment aujourd’hui d’être inéligibles à l’euthanasie et ça, ils ne l’acceptent pas et moi, comme citoyen, au nom des valeurs de la fraternité, je ne l’accepte pas non plus. »
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Emmanuel Hirsch conclut en insistant sur la nécessité du combat pour une meilleure qualité de vie : « Je pense que les gens souhaitent d’abord vivre en société jusqu’à la fin de leur existence en ayant un confort de vie, un bon accompagnement par des professionnels, tout en prenant en compte leurs proches. »
Alessandra Wyak
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