Avec près de 13 milliards d’euros de manque à gagner pour les finances publiques, la fraude sociale et fiscale est dans le viseur du gouvernement. En s’attaquant à ces irrégularités, le Premier ministre espère réduire une partie du déficit public. Invité de la matinale, Philippe Crevel, économiste et directeur général du Cercle de l’Epargne, décrypte les enjeux et les limites de cette lutte.
Le projet de loi, porté par Catherine Vautrin, ministre du Travail, et Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, prévoit un ensemble de mesures destinées à traquer les fraudeurs, combler une partie des caisses publiques et réduire les inégalités, et ce dès la rentrée. Pour Philippe Crevel, cette démarche est indispensable afin de garantir une meilleure équité entre les bénéficiaires d’aides et les contribuables. Toutefois, il rappelle que les gouvernements précédents cherchaient déjà à faire face à ce problème : « c’est un combat permanent puisque l’imagination des fraudeurs est illimitée en la matière. Donc, évidemment que c’est nécessaire et indispensable, mais ce n’est pas cela qui rétablira complétement l’équilibre des finances publiques ».
Philippe Crevel insiste sur un aspect souvent négligé : la fraude liée aux trafics. Si la Cour des comptes chiffre une fraude moins élevée que certains syndicats de l’administration fiscale, cela s’explique par un problème de « périmètre » : « peut-on intégrer tout ce qui est lié au trafic dont la drogue, la prostitution, ou le travail au noir, dans l’enveloppe de la fraude ? Il y a un problème de périmètre, et des problèmes liés à des réseaux mafieux. C’est pour cela que les rapports peuvent varier de 27 à 80 milliards d’euros ». Néanmoins, il met en garde quant au coût de cette lutte, estimant qu’elle risquait de coûter plus cher que le montant à recouvrer.
Un poids lourd pour l’économie française
Bien que l’Hexagone figure parmi les meilleurs pays d’Europe en matière de contrôle, et que la digitalisation des procédures soit déjà bien avancée, l’économiste voit dans l’intelligence artificielle un atout supplémentaire pour affiner et accélérer la détection de fraude : « l’IA et l’informatisation permettent justement d’aller plus vite, avec beaucoup plus de précisions que dans le passé ».
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Pourtant, « le problème de l’équilibre des finances publiques dépasse de loin celui de la fraude ». Philippe Crevel précise que les dépenses sociales représentent près d’un tiers du PIB, soit environ 900 milliards d’euros, faisant de la France le pays d’Europe qui consacre la plus grande part de ses ressources à la protection sociale. Pour lui, ces dispositifs devraient permettre « aux Français de se sortir de la pauvreté. Or, on voit que le taux de pauvreté a augmenté ces dernières années ». Il nuance en proposant que « ces aides soient plus personnalisées et conditionnées, [ou bien] réduire cette enveloppe sociale pour avoir un meilleur équilibre ».
Daphnée Cataldo
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