Budget 2026 : « La France est le pays avec le pire déficit de toute la zone euro », alerte Philippe Dessertine

Crédit : BALTEL/SIPA

Le Premier ministre François Bayrou a présenté ce mardi la feuille de route budgétaire pour l’année 2026 de son gouvernement. Il s’est fixé comme objectif de trouver 40 milliards d’euros d’économies afin de ramener le déficit l’an prochain à 4,6 % du PIB français. Invité de la matinale, Philippe Dessertine, ancien membre du conseil des finances publiques, a mis en avant l’impératif pour la France d’agir vite.

Année blanche, suppression des jours fériés et une refonte de l’abattement fiscal des retraites, le Premier ministre François Bayrou a prévenu : « Tout le monde devra participer à l’effort. » Avec  son nouveau plan d’économie, portant comme slogan « Le moment de vérité », le Premier ministre souhaite ramener le déficit à 5,4 % d’ici la fin de 2025 et atteindre 2,8 % en 2029.

Pour Philippe Dessertine, ancien membre du conseil des finances publiques, ce plan est nécessaire pour sortir du déficit : « C’est un plan qui, très clairement, suscite l’opposition, mais il faut accepter que ce soit par cela qu’il va falloir passer, car si on attend, ce sont les créanciers de la France qui sonneront la fin de la récréation. »

Il insiste sur la nécessité de freiner l’emballement de la dette française : « Je le rappelle, ce plan, ce n’est que le début, car son but c’est juste d’empêcher la dette de continuer d’augmenter. Aujourd’hui, elle est hors de contrôle. Cela veut dire qu’elle continue d’augmenter même si nous ne le voulons pas ! »

Travailler plus pour stopper la dérive budgétaire

L’objectif de l’année blanche est de geler totalement ou partiellement les dépenses publiques en 2026. C’est la première étape pour stopper la dérive budgétaire. Il faut ensuite créer des richesses, et cela signifie plus de travail : « Si vous voulez réviser votre dépense publique, soit vous ne dépensez plus du tout, ce qui n’est pas l’approche de François Bayrou, soit vous repoussez l’âge de la retraite car cela permet d’avoir plus d’actifs et donc plus de création de richesse. »

En 2004, Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de Jacques Chirac, décide de supprimer le lundi de Pentecôte comme jour férié. L’objectif de l’exécutif était de faire travailler les actifs une journée par an sans qu’ils soient payés pour financer des établissements et des services médico-sociaux. Cette mesure est prise un an après la canicule meurtrière de 2003 durant laquelle 15 509 personnes ont perdu la vie. Aujourd’hui, le gouvernement propose de supprimer deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai.

Pour Philippe Dessertine, la proposition doit être défendue malgré les oppositions : « C’est simple, si on n’augmente pas le temps de travail quotidien, on augmente le nombre de jours au travail et la suppression des jours fériés va dans ce sens. Ça suscite un refus massif de quasiment tout le monde, mais en réalité, c’est parce que personne ne veut mettre cette question sur la table. »

Le modèle de 1958 : Une solution pour la France ?

« On a le sentiment qu’on retourne en 1958 avec De Gaulle qui arrive avec des finances publiques affreuses qui doit gérer un déficit du commerce extérieur épouvantable, mais il explique aux Français que pendant deux ans on souffre, et ensuite le pays repart », explique l’ancien membre du conseil des finances publiques.

Nouveau Franc, suppression des subventions, hausse des impôts : en 1958 le Général De Gaulle a réussi à mettre fin au désastre économique du pays. À l’époque, le budget affiche un découvert d’au moins 1 200 milliards de francs. Sa solution est de créer un gouvernement resserré autour d’hommes d’expériences. Avec leur aide, il entreprend une thérapie choc : une dévaluation de 17,5 % du franc, l’arrêt des subventions aux entreprises déficitaires, la suppression de l’indexation des salaires, la stabilité monétaire, la réduction vigoureuse des dépenses et l’ouverture de l’économie française au Marché commun.

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Mais nous n’en sommes pas encore là d’après Philippe Dessertine : « La France a des capacités de rebond et de créer de la valeur il ne faut pas l’oublier. Malheureusement, je pense que nous ne sommes même pas encore au début de la sortie de crise de 1958. »

Alessandra Wyak

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