EDF : « On est sous-productif sur le plan nucléaire et personne ne le sait ! » assure Anne Lauvergeon

Crédit: ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

EDF est en sous-production nucléaire volontaire. C’est ce qu’affirme Anne Lauvergeon, l’ancienne patronne du géant nucléaire Areva, aujourd’hui présidente d’ALP la société de conseil et d’investissement, dans son dernier livre, Un secret si bien gardé (éditions Grasset). Invitée de la matinale, elle s’alarme de la réelle utilisation de l’énergie en France.

« On est 31ème on n’est pas premier, on sous-utilise notre industrie nucléaire. » Telles sont les révélations d’Anne Lauvergeon, ancienne présidente d’Areva. Toutes ces données sont inscrites sur l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique). Elle enregistre tous les mois la puissance de chaque réacteur par rapport à sa puissance théorique, Anne Lauvergeon explique : « Si je fais simple, ça veut dire que si vous produisez 90 % de vos capacités, on va vous donner 90 %. Les meilleurs du monde font 95 %, donc ils utilisent à fond leur système. »

Actuellement, la France produit 67 % et elle vient de se mettre comme objectif de garder le même cap pour les cinq années à suivre. Pourtant, la présidente d’ALP, la société de conseil et d’investissements se projette sur une autre estimation : « On pourrait générer 30 % de plus avec une production gratuite. »

Un système bridé

Actuellement, la France possède dix-huit centrales nucléaires qui sont en activité. Avec des premiers réacteurs construits dans les années 1950 et 1960, la vétusté pourrait être la raison nous empêchant d’augmenter notre taux de production. Si l’on prend exemple sur nos voisins, cela ne serait pas le cas, comme l’explique l’ancienne patronne du géant nucléaire Areva : « Alors prenez les États-Unis, c’est eux qui ont fait les premiers réacteurs nucléaires au monde.  Ils ont en moyenne des réacteurs qui ont 10 à 15 ans de plus que les nôtres et ils fonctionnent depuis 10 ans avec une régularité de métronome à 91 %. »

Pour Anne Lauvergeon, les véritables raisons sont toutes autres : « D’abord, si on produit moins, on vend plus cher.  En 2024, EDF a fait 11,4 milliards de bénéfices nets. 2ème explication : EDF a été mise sous contrôle du ministère de l’Environnement, qui a été ces dix dernières années majoritairement antinucléaires. Et enfin, EDF a refusé d’utiliser toutes les méthodes, les technologies qui ont été mises en œuvre partout dans le monde. »

Un manque d’investissement dans le nucléaire

Actuellement, le nucléaire est donc volontairement sous-productif assure l’invité de David Abiker. Les moyens que l’on possède vont plutôt être utilisés pour l’éolien, le solaire et le nouveau nucléaire. C’est d’ailleurs ce qui est inscrit dans la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie 3) avec 300 et 400 milliards d’investissements prévus pour ces secteurs.

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La présidente d’ALP, la société de conseil et d’investissement s’alarme de la capacité de la France à faire cet investissement : « Qui va le payer ? Ce n’est pas l’État, ce n’est pas le contribuable, c’est le consommateur d’électricité. » Anne Lauvergeon donne un dernier conseil :« Si l’état est capable de dire qu’EDF doit se mettre à produire à ce moment-là, on peut diminuer très fortement la facture d’électricité des Français. »

Alessandra Wyak

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