Le fournisseur d’électricité français met le cap à l’est, en tentant d’obtenir un marché en République tchèque. Il a une vraie chance de pouvoir remporter ce contrat, mais cette stratégie peut s’avérer risquée.
EDF remet aujourd’hui une offre pour fabriquer quatre réacteurs nucléaires en République tchèque, ce qui a de quoi surprendre. Pour l’instant, le fournisseur d’électricité mène en parallèle deux grands chantiers de fabrication d’EPR et on ne peut pas dire que tout se passe très bien.
A Flamanville en France comme à Sizewell en Angleterre, les projets ont accumulé les retards et les surcoûts en milliards d’euros. On pourrait se dire que le pire est passé, qu’EDF est sur le point d’y arriver et qu’elle peut donc repartir à l’assaut du marché international. Mais on sait aussi qu’elle doit s’attaquer à la relance du nucléaire en France, où il faudrait construire une dizaine de nouveaux réacteurs. Au vu des difficultés rencontrées, on peut légitimement se demander si EDF a vraiment les moyens de prendre le risque de se disperser à l’international.
La République tchèque dépend à 40% du charbon
La première raison pour cet assaut du marché tchèque est l’existence d’une demande. Le pays dépend aujourd’hui encore à 40% du charbon et a fait du nouveau nucléaire une priorité. De plus, seuls EDF et une entreprise coréenne sont encore dans la course. Le Français a donc une vraie chance de remporter ce contrat.
Ensuite, EDF pense que le succès va venir de la répétition. Plus on construit, plus on apprend, plus on développe la filière des sous-traitants et plus on forme ses équipes d’ouvriers et d’ingénieurs. Cela fonctionne comme un cercle vertueux, un peu comme à l’époque où l’on ouvrait un réacteur par an en France, dans les années 80.
Des réacteurs différents de ceux construits en France
EDF peut se dire qu’elle a essuyé les plâtres et qu’il faut donc maintenant il faut monter en cadence, profiter d’économies d’échelles et gagner des projets pour amortir les investissements sur une base plus large. Bien qu’en République tchèque, le réacteur proposé ne soit pas exactement le même que ceux que l’on va construire en France, ce qui donc risque de mobiliser pas mal d’énergie dans la phase de développement.
Il y a cependant toujours une part de risque dans cette stratégie et EDF, qui en paye aujourd’hui le prix en Grande-Bretagne, est bien placé pour le savoir. Mais ce risque peut aussi être réduit. En République tchèque, EDF serait chargée de la conception et de la construction mais il ne supporterait pas les risques d’exploitation ou commerciaux car il serait soumis à un contrat de prestataire de services et non d’exploitant.
Pas de travaux avant 5 ou 6 ans
Ensuite, EDF ne se lancera que si elle obtient un financement public, car chaque réacteur devrait coûter autour de 10 milliards d’euros et EDF ne peut pas financer ça sans l’aide de la République tchèque paye. Enfin, il ne s’agit pas de commencer la construction tout de suite mais d’ici cinq ou six ans, ce qui donne du temps pour monter en compétence et apprendre encore des erreurs actuelles.
A lire aussi
Ne pas y aller serait aussi prendre un risque car le marché du nucléaire n’est pas un gigantesque marché. Si on se replie sur son territoire domestique, on laisse à des concurrents l’opportunité de s’imposer à l’international et donc de devenir plus gros et plus rentables. Pour amortir les frais de développement, il faut avoir le courage de sortir de ses frontières. Mais il faut le faire sans se prendre les pieds dans le tapis.
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique