Le problème n’est pas nouveau et a même déjà été ciblé par Elisabeth Borne. L’ex-Première ministre a confié à l’automne à deux économistes, Antoine Bozio et Etienne Wasmer, la mission d’étudier l’articulation entre salaires et incitations fiscales afin « que le travail paie mieux ».
C’est un chantier pour le moins compliqué. Sur le constat, tout le monde est d’accord : à force d’ajouter des baisses de charges au niveau du SMIC et des aides pour les travailleurs pauvres, on a créé un système compliqué.
Pour augmenter de 100 euros les revenus d’un salarié, une entreprise doit mettre jusqu’à 500 euros sur la table. Car quand le salaire augmente, les allègements de l’employeur diminuent, de même que la prime d’activité du salarié. Jusqu’à créer un phénomène de « trappe à bas salaire », qui fait que la France se distingue par une plus grande proportion de salariés proches du SMIC.
Plusieurs pistes se dessinent
Comment en sortir ? C’est la que ça se complique. Etienne Wasmer et Antoine Bozio, les économistes mandatés par Matignon, soulignent que l’on peut prolonger davantage les aides aux entreprises et aux salariés, afin de lisser la pente quand le salaire augmente. Mais ça coûterait trop cher à l’Etat, pour une réforme qui doit se faire à budget constant. Reste donc une solution : que le point de départ, au niveau du SMIC, soit moins favorable.
Les économistes ne le disent pas de façon aussi abrupte, tant le dossier est sensible, mais cela se traduirait par une augmentation du coût du travail au niveau du SMIC. D’abord, la France a rattrapé son retard et elle a même un coût du travail inférieur à la moyenne au niveau du SMIC, rapporté au salaire médian.
A lire aussi
Ensuite, des études récentes sur l’effet des allègements bas salaires démontrent bien un impact favorable à l’emploi, mais sur tous les niveaux de salaires et pas seulement au SMIC. En clair : si on étalait un peu plus les allègements de charges, à volume global constant, cela ne nuirait pas forcément à l’emploi. Reste à savoir si le gouvernement est prêt à suivre ce chemin escarpé, qui ferait des gagnants et des perdants selon les secteurs. Réponse à l’été, pour la remise du rapport final.
Etienne Lefebvre
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique