Le groupe Michelin a annoncé la mise en place, pour tous ses salariés, d’un « salaire décent » à hauteur duquel seraient revalorisés tous les salaires minimums de l’entreprise à compter du 1er janvier 2024. Son président Florent Menegaux était l’invité de Radio Classique pour expliquer cette mesure, le 19 avril.
La notion de « salaire décent » défendue par Michelin est issue du 8ème des 17 Objectifs de développement durable de adoptés par l’ONU en 2015, qui appelle à verser aux salariés un « living wage », c’est-à-dire un salaire minimum vital.
Florent Menegaux explique avoir commencé à s’interroger sur le niveau des salaires à Michelin lors de la crise du Covid, qui a plongé une partie des salariés français dans des situations économiques encore plus difficiles qu’auparavant. Le président du leader français du pneu s’interroge : « Quand vous avez un arrêt brutal de l’activité, quels sont les relais salariaux qui permettent aux individus, qui n’y sont pour rien, de continuer à pouvoir vivre ? ».
5% des salariés payés moins que le « salaire décent »
Le groupe a chargé l’ONG Fair Wage, spécialiste de la question, d’étudier les salaires des quelques 135.000 personnes qui travaillent pour le groupe, dans 175 pays différents. Un travail de grande ampleur, car « les réalités ne sont pas les mêmes entre Clermont-Ferrand, Paris, Bangkok, Shanghai », observe Florent Menegaux.
L’étude a conclu que 95% des salariés de Michelin étaient rémunérés au moins au niveau du « salaire décent » et que 5% d’entre eux se trouvaient en dessous de ce seuil. « 5% de de 135.000, ça fait quand même des milliers de collaborateurs », souligne le président. Le montant du « salaire décent » de Michelin « varie de région à région », explique-t-il. « A Paris, c’est deux fois le SMIC », tandis qu’il s’élèverait à Clermont-Ferrand à « 20% au-dessus du SMIC ».
Des débats en interne
Selon lui, la question aurait donné lieu à « beaucoup de débats en interne », notamment autour de certains managers affirmant que cette augmentation partielle des salaires pourrait les empêcher d’atteindre leurs objectifs économiques. Selon Florent Menegaux, l’entreprise a finalement fait le choix de revenir à ses « valeurs fondamentales », parmi lesquelles le « respect des personnes ». « On ne peut pas asseoir la performance économique au détriment des individus », argue-t-il.
La mesure, qui s’applique aux travailleurs se trouvant « au plus bas de la pyramide salariale », doit selon lui permettre « à chaque individu de pouvoir se projeter, d’envisager un futur, de nourrir sa famille, la loger, s’occuper de ses loisirs, avoir un peu d’épargne de précaution » et pouvoir, à terme, « se consacrer pleinement à son travail ».
Un problème de rémunération global
« Nous n’allons pas monter les prix des pneumatiques », assure cependant le président. Il atteste que « Michelin a toujours une performance optimale » et « n’a pas changé [ses] engagements » vis-à-vis de ses actionnaires.
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Florent Menegaux affirme que « la rémunération du travail ne permet pas suffisamment une élévation sociale du plus grand nombre » à travers le monde et qualifie de « vrai problème de société » le fait que la moitié de l’humanité vive en dessous du seuil de pauvreté. « Notre vrai enjeu aujourd’hui, c’est la cohésion sociale », juge-t-il. « Dans l’entreprise, à l’échelle d’un territoire, à l’échelle d’un pays et à l’échelle du monde ». Sa propre rémunération est quant à elle plafonnée : à près de 3 millions d’euros.
Ella Couet
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