Cette chronique a été inspirée par des auditeurs, qui ont envoyé des cris de détresse en citant trois tournures fautives particulièrement répandues : si j’aurais su, après qu’il ait dit, et demain, je viendrais (avec un s de trop). Ces trois erreurs ont toutes un point commun : une confusion entre les temps et les modes. Tâchons de remettre les pendules à l’heure, ou, si l’on ose la formule, de faire concorder les temps.
« Si j’aurais su » : le conditionnel banni après si
C’est la plus répandue, et probablement la plus ancienne. Après un si hypothétique, le conditionnel est formellement exclu — c’est une règle absolue. La forme correcte est « si j’avais su », à l’imparfait de l’indicatif.
La tentation de recourir au conditionnel s’explique : elle correspond à la forme latine, et la logique apparente de la construction peut induire en erreur. Mais la règle ne souffre aucune exception.
« Après que » suivi du subjonctif : une erreur par analogie
Cette faute est particulièrement instructive, car elle s’explique par un raisonnement analogique. On dit bien « avant que je parte » avec le subjonctif, parce que avant que introduit quelque chose d’incertain, d’hypothétique. Par analogie, on est tenté de dire « après qu’il soit parti », mais c’est incorrect.
Après que introduit un fait accompli, certain et réel : il appelle donc l’indicatif. La forme correcte est « après qu’il est parti » ou « après qu’il fut parti ».
Cette contamination est si forte qu’on l’entend désormais partout. Pour ne plus se tromper, il suffit de remplacer après que par « une fois que » : « une fois que vous aurez écouté cette chronique, vous ne commettrez plus cette erreur ». Cela donne, en restituant la locution : « après que vous aurez écouté ».
Faut-il écrire « demain je viendrai » ou « demain, je viendrais » ?
« Demain, je viendrais » — avec un s — ne se remarque pas à l’oral, mais saute aux yeux à l’écrit. Le futur exprime une certitude : « Je viendrai demain » est une promesse. Le conditionnel exprime une hypothèse : « Je viendrais si tu m’invitais. » Confondre les deux, c’est promettre ce qu’on ne fait que supposer, ou supposer ce qu’on affirme. Il vaut mieux ne pas s’y tromper.
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Pour s’y retrouver, une astuce simple : changer de personne. « Demain, nous viendrons » indique une affirmation. Ce sera donc le futur. « Demain, nous viendrions bien » signale une condition, et donc le conditionnel.
Et n’oublions pas cette règle mnémotechnique : les si n’aiment pas les rais.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?