Langue française : Doit-on écrire « les yeux grand ouverts » ou « les yeux grands ouverts » ?

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Une auditrice nous a soumis une question née d’un débat avec une amie : faut-il écrire les yeux grand ouverts ou les yeux grands ouverts ? Son raisonnement était le suivant : grand étant employé comme adverbe, il devrait rester invariable.

 

La réflexion de cette auditrice répond à la logique, mais la langue française réserve des surprises. Car si grand est bien utilisé ici comme adverbe, il s’accorde en genre et en nombre lorsqu’il est placé devant un participe. On écrira donc des fenêtres grandes ouvertes, et non grand ouvertes. Le lexicographe Jean Girodet le confirme dans son ouvrage Pièges et difficultés de la langue française : l’invariabilité, que l’on rencontre parfois, est « moins conseillée, mais pas proscrite ».

« Bonjour à toutes et à tous » : une formule révélatrice

Une autre auditrice s’interroge sur l’omniprésence de la formule Bonjour à toutes et à tous, désormais incontournable dans l’espace public. Pourquoi ce besoin de distinguer explicitement les femmes et les hommes dans une simple salutation ?

Elle rappelle fort à propos une distinction héritée du latin : vir, l’homme en tant qu’individu de sexe masculin — qui a donné viril —, et homo hominis, l’homme au sens de l’espèce humaine, que l’on retrouve dans des termes comme Homo sapiens ou Homo habilis. Pendant des siècles, le masculin a joué ce rôle de genre générique, produisant des constructions aussi paradoxales que : les hommes et les femmes sont des hommes (humains).

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Alors pourquoi ce Bonjour à toutes et à tous s’est-il imposé ? Parce que la langue évolue avec les usages sociaux. Cette formule révèle une tension de fond : le masculin générique est-il encore perçu comme véritablement neutre ? C’est une question que les linguistes continuent de débattre, et que la société tranche, à sa façon, dans le quotidien.

Une chose demeure certaine : la langue française a toujours su évoluer tout en gardant son élégance. C’est à elle de trouver son chemin.

Karine Dijoud

Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?