En français, les apparences sont souvent trompeuses. La terminaison d’un mot ne préjuge en rien de son genre — et c’est précisément ce qui fait la richesse, parfois déroutante, de notre langue. Voici quelques révélations qui pourraient bien en surprendre plus d’un, et une aide précieuse de la part d’Astérix et Obélix.
Le piège du « -ée » : apogée et ses cousins
Prenons le mot apogée. Il se termine par un -ée, il sonne doux, il paraît élégant, presque féminin. Et pourtant, on dit bien un apogée. La terminaison en -ée n’est pas une preuve de féminin, loin de là. D’autres mots partagent ce profil trompeur : un musée, un lycée, un trophée, un mausolée, un caducée. Tous se terminent par -ée, tous sont masculins.
Astérisque et obélisque : des grecs bien masculins
Le petit symbole en forme d’étoile que l’on glisse dans un texte s’appelle un astérisque — et non une astérisque. Son étymologie est limpide : asteriscos, en grec, signifie « petite étoile ». Pour ne plus l’oublier, pensez à Astérix le Gaulois.
Quant à son inséparable compagnon, il donne son nom à un autre terme souvent malmené : un obélisque. Le mot vient du grec obeliskos, signifiant « petite broche à rôtir ». Masculin, lui aussi, à l’image du célèbre personnage de bande dessinée Obélix!. C’est bien un obélisque que l’on admire place de la Concorde, à Paris.
Un ou une haltère ? Rabelais tranche le débat
Dans les salles de sport, l’erreur est monnaie courante. On entend régulièrement « prenez des haltères plus lourdes » — or haltère est un mot masculin. La confusion s’explique aisément : le mot s’emploie souvent au pluriel, et sa terminaison en -ère évoque des féminins bien ancrés dans l’usage, comme lumière ou matière.
Pourtant, l’affaire est tranchée depuis longtemps : c’est Rabelais en personne qui a introduit le mot haltère dans le vocabulaire français, en 1534, et il était déjà masculin à l’époque.
A lire aussi
Ne vous fiez pas aux apparences. En français, un e final n’est pas une preuve de féminin. Un apogée, un astérisque, un obélisque, un haltère : autant de mots qui illustrent les surprises que la langue française nous réserve.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?