Langue française et santé mentale : pourquoi il est urgent de cesser de banaliser ces termes médicaux

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Les mots techniques relèvent de la médecine ou de la science et ont perdu aujourd’hui leur sens premier alors qu’il s’agit de termes ayant une définition clinique très précise, qu’on utilise à tort et à travers, au point de les vider de leur sens.

Le traumatisme est une véritable blessure physique ou psychique

C’est le cas du mot traumatisé. En médecine et en physiologie, un trauma désigne une blessure physique grave ou un choc psychique profond, quelque chose qui laisse une trace durable sur le système nerveux.

Aujourd’hui, on dit « j’ai été traumatisée par ce film » ou « j’ai été traumatisée par ces blagues ». On banalise ainsi quelque chose de grave, ce qui rend plus difficile la parole sur les situations véritablement traumatiques. Plus on emploie ce mot, moins il peut servir à ceux qui en ont vraiment besoin.

Schizophrène signifie un esprit scindé en deux

On l’entend de plus en plus, notamment dans les interviews ou en podcast : « c’est schizophrénique » pour parler d’une situation où l’on se sent partagé.

Or, c’est un terme médical, construit sur le grec ancien, skhizein, « séparer », et phrên, « l’esprit », qui désigne un esprit scindé en deux. Mieux vaut donc éviter de l’employer en dehors du contexte médical.

La bipolarité et l’anxiété sont de véritables maladies

J’ai moi-même entendu dire de moi, dans les couloirs du collège : « Elle est complètement bipolaire », parce qu’il m’arrivait de m’énerver face à l’attitude de la classe. Or, la bipolarité est une maladie mentale qui nécessite un traitement et, surtout, du respect. En aucun cas elle ne devrait devenir une insulte.

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En psychiatrie, l’anxiété est un trouble caractérisé et invalidant. Dire « je suis anxieux à l’idée de ce dîner » est donc impropre, il s’agit d’inquiétude, pas d’anxiété. Mieux vaut conserver les termes précis qui existent déjà, plutôt que d’en galvauder certains.

Karine Dijoud

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