Trafic de drogue : Un point de deal à Marseille « peut rapporter jusqu’à 80.000 euros par jour », révèle le chercheur Michel Gandilhon

Frederic MUNSCH/SIPA

Du cannabis à la cocaïne, la consommation de drogues illégales augmente en France. Michel Gandilhon, chargé d’études à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), publie le livre Drugstore. Drogues illicites et trafics en France (Editions du Cerf), dans lequel il analyse le fonctionnement du marché français de la drogue. Il était l’invité de Radio Classique le 24 avril.

Fin 2023, le gouvernement a lancé les opérations « place nette XXL », qui ont pour objectif affiché de lutter contre la délinquance et le trafic de stupéfiants. Pour Michel Gandilhon, « on manque encore un peu de recul pour mesurer l’impact réel de ces opérations ». Si les premières d’entre elles se sont conclues par l’arrestation de « centaines de personnes », « il faudra voir comment elles sont traitées judiciairement », estime-t-il, mais aussi voir si les personnes arrêtées sont « des hautes figures du trafic ou des petites mains ».

Car le maillon faible de la politique française anti-drogues se situe, selon lui, sur le plan judiciaire. Une « crise de la justice », qui serait en cours en France « depuis des années », créerait un « manque de magistrats », notamment « spécialisés dans les questions liées au crime organisé ». Le système serait « en voie de saturation », affirme le chercheur.

Les prix ne cessent de diminuer

C’est même l’ensemble de la politique française anti-drogues qui serait en « échec ». L’impact réel d’une telle politique sur le marché de la drogue « peut se mesurer de manière assez simple », explique-t-il : les prix des produits augmentent et leur pureté diminue.

Or les saisies de cannabis « n’ont jamais été aussi importantes » en France et les prix « ne cessent de diminuer ou stagnent ». « Le prix de la cocaïne a largement diminué en une vingtaine d’années, les produits qui circulent n’ont jamais été aussi purs », constate Michel Gandilhon. « C’est là que l’on mesure vraiment l’échec de la politique française anti-drogue ».

Les « supermarchés de la drogue »

Car le marché des drogues est aujourd’hui un marché mondial, sur lequel circule de la résine de cannabis produite au Maroc comme de la cocaïne venue d’Amérique latine. La seconde est d’ailleurs « symbolique de la mondialisation », selon le chercheur. En effet, elle « arrive par porte-conteneurs » dans les ports français, « par tonnes », de la même manière que des produits légaux.

Bien que difficile à mesurer, comme toute économie illégale, l’économie de la drogue représenterait « entre 400 et 600 milliards de dollars » (selon des chiffres de 2017). En France, « un bon point de deal » pourrait « rapporter jusqu’à 80.000 euros par jour » et irriguer « des centaines de clients ». « On parle de ‘supermarchés de la drogue’ », indique Michel Gandilhon.

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Les réseaux auraient également acquis de plus en plus d’influence sur des élus, notamment au cours des trente dernières années que le chercheur désigne comme « les Trente Glorieuses du marché des drogues ». « Ça s’est répandu à mesure que le marché des drogues progressait dans la société française », relate-t-il. Dans certaines villes, la « capacité de contrôle territorial des trafiquants » obligerait ainsi les maires à « négocier » avec eux.

Ella Couet

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