Une pétition intersyndicale a été lancée contre le « budget Bayrou » évoquant une « brutalité sans précédent » et exige « l’abandon immédiat de ces mesures ». Déjà menacé de censure par l’opposition, le budget devrait être voté d’ici la mi-décembre. Invité de la matinale, Christian Boissieu, vice-président du Cercle des économistes, décrypte les annonces du gouvernement.
« Le premier ministre a eu raison de tirer la sonnette d’alarme » confie Christian de Boissieu. En effet, chaque seconde, la dette, s’élevant déjà à 43,8 milliards, augmente de 5 000 euros.
Face à cette situation critique, le plan « Stop à la dette » propose plusieurs mesures phares : année blanche budgétaire, révision de l’abattement fiscal des retraités, suppression de niches fiscales et transformation de deux jours fériés en jours travaillés.
Mais l’économiste s’inquiète de cette stratégie d’action : « ce qui me frappe, c’est qu’on a l’impression qu’on ouvre le débat social sur plusieurs fronts à la fois mais je crains que cela ne perde plus les gens qu’autre chose et qu’aucun de ces fronts n’aboutisse avant, au minimum, le mois de septembre. » D’autant qu’une pétition intersyndicale vient d’être lancée, accompagnée de premières menaces de censure et de manifestations initiées par la CGT pour la rentrée.
Le défi du déficit dans un contexte international tendu
Actuellement, le déficit public français s’élève à 5,4%. L’objectif de François Bayrou est de le ramener à 4,6% d’ici l’année prochaine. Christian de Boissieu exprime certaines réserves quant à l’atteinte des objectifs fixés par le gouvernement : « c’est une marche significative a réalisé et le contexte international et européen va rendre les choses compliquées car tout dépend de la croissance économique de la France qui est très incertaine en ce moment. » Des représentants de l’Union Européenne se sont justement rendus ce mercredi 23 juillet aux États-Unis pour des négociations commerciales concernant l’imposition de droits de douane par Donald Trump.
L’économiste explique que l’Union Européenne doit unir ses forces et ne pas céder aux demandes du président des États-Unis : « Premier problème, les Européens ne sont pas d’accord entre eux. Par exemple l’Allemagne est prête à céder, sans doute parce qu’elle a encore des marges de manœuvre avec son budget, mais ce n’est pas notre cas. Donald Trump nous menace de 30% de droits de douane alors il faut faire front commun car nous avons besoin d’une Europe puissante non seulement dans le domaine de la défense mais aussi de l’économie et de la diplomatie. »
Plan anti-déficit : les ménages sont les premiers perdants
L’Union Européenne a donné comme objectif à la France d’atteindre d’ici 2028 2,8% de déficit public. D’après le vice-président du Cercle des économistes, le plan contre la dette va faire un grand nombre de victimes : « Ce sont les ménages en général et surtout les plus défavorisés qui seront les grands perdants de ces mesures. Une étude a d’ailleurs été réalisée par l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) qui montre que plus largement les victimes pourront aller des classes moyennes à aisées et va toucher les retraités. »
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Pour Christian de Boissieu, le plan de François Bayrou présente encore des zones d’ombres qui ne permettent pas d’envisager une vision à très long terme : « La France n’est pas la Grèce et il faut prendre des mesures pour éviter qu’elle le devienne, mais le problème c’est que pour l’instant ça ressemble plus à du rafistolage à court terme. Au fond, ces mesures ne nous permettent pas d’avoir un plan sur le moyen ou long terme et de rendre soutenable nos finances publiques. Reste à voir si elles seront adoptées, ce sera déjà une bonne première étape. »
Alessandra Wyak
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