Donald Trump a donné un ultimatum de dix jours à la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine. En l’absence d’accord d’ici au vendredi 15 août, le président américain menace les alliés de la Russie de droits de douane de 100%. Pourtant selon Sophie Boisseau du Rocher, invité de la matinale, une région devrait échapper aux conséquences de ces sanctions et compte bien bouleverser l’ordre international : l’Asie-Pacifique.
Depuis plus d’un mois, Dimitri Medvedev, l’ancien président russe, et Donald Trump s’écharpent par médias et réseaux sociaux interposés. En réaction, le président américain a annoncé l’envoi de sous-marins près de la Russie ce week-end.
Pourtant, selon Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée à l’IFRI, un troisième acteur se dissimule derrière ces négociations russo-américaines : « Ce qui se passe avec la Russie pourrait se produire avec la Chine, qui a à de multiples reprises annoncé sa volonté de réunifier le pays en ramenant la région de Taïwan. Ainsi, chaque décision des États-Unis est décryptée par les pays d’Asie. Washington ne laissera pas tomber l’Ukraine, et donc ne laissera pas tomber Taïwan. L’envoi des sous-marins sert aussi à adresser un message à la Chine : les États-Unis sont toujours prêts. Parallèlement, ce geste montre à leurs alliés qu’ils sont là pour les défendre en cas de besoin. »
Cette stratégie, qui vise à dissuader Pékin de toute action agressive envers Taïwan, sert également les futurs intérêts économiques de Donald Trump : « Pour le président américain, cette région est porteuse d’avenir, contrairement à la Russie, qu’il considère comme une économie morte. On l’a vu avec les précautions qu’il a prises lors des négociations sur les droits de douane : il avait initialement imposé un droit de 100%, avant de le ramener à 30%. »
L’Asie, grande gagnante des sanctions américaines contre la Russie ?
Donald Trump a annoncé l’imposition de droits de douane de 100%, en plus de ceux déjà en vigueur, à tous les alliés de la Russie si elle ne m’était pas fin à la guerre en Ukraine. Sophie Boisseau du Rocher prévient cependant que cette stratégie pourrait se retourner contre les États-Unis : « À court terme, les Américains ont gagné, mais à long terme, les droits de douane imposés pourraient facilement se retourner contre eux. Aujourd’hui, 80% des chaussures importées par les États-Unis sont fabriquées en Asie orientale, et ce sont donc finalement les consommateurs américains qui paieront ces droits de douane via la TVA. »
La chercheuse associée à l’IFRI estime que ce qui était censé être une sanction pourrait devenir un véritable atout pour les pays asiatiques : « Les chaussures importées par les États-Unis ne sont pas les mêmes que celles consommées par les pays asiatiques, et c’est là qu’il y a une opportunité pour cette région : développer des produits asiatiques destinés au marché asiatique. Et ça va devenir le marché le plus prometteur du monde. Il suffit de comparer les chiffres des plus gros consommateurs de baskets, la population qu’on appelle les millennials : il y en a 800 millions dans les pays asiatiques, contre seulement 60 millions aux États-Unis. »
L’Europe doit réagir face à la croissance de l’Asie-Pacifique
En mai dernier, le président Emmanuel Macron s’est rendu en Asie du Sud-Est. À l’issue de cette visite, plusieurs accords de coopération ont été signés, notamment dans les domaines de l’énergie nucléaire civile, des infrastructures ferroviaires, de la production de vaccins et de l’observation spatiale.
Sophie Boisseau explique cependant que l’approche française est dépassée : « Le président est totalement déconnecté des réalités, et le commerce entre la Chine et le Vietnam en est un exemple frappant : il atteint 260 milliards de dollars, contre seulement 10 milliards pour le commerce avec la France. Affirmer que la France est l’un des principaux partenaires commerciaux du Vietnam est donc ridicule. De plus, les accords de coopération signés relèvent d’une vision dépassée ! Aujourd’hui les pays d’Asie surfent sur les nouvelles technologies. »
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Elle insiste sur la nécessité d’une réaction européenne rapide pour ne pas se laisser distancer par l’essor de l’Asie-Pacifique : « D’ici 10 ans les pays de la région vont atteindre un taux de croissance de 10% et l’Europe doit s’en inquiéter et doit réfléchir à la façon d’en profiter car une chose est sûre les pays d’Asie-Pacifique sont demandeurs de connexion avec l’ensemble de l’humanité. L’objectif c’est donc d’ajuster notre offre à leur besoin ! »
Alessandra Wyak
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