Sans surprise, François Bayrou a perdu son pari. Le Premier ministre a été renversé, lundi 8 septembre, lors du vote de confiance à l’Assemblée nationale. Un nouveau gouvernement doit être constitué dans les prochains jours. Invité de la matinale, Pascal Perrineau, politologue et auteur de « Le goût de la politique » (Odile Jacob), partage son constat quant à la fracture qui ne cesse de croître dans le paysage français.
« La défiance s’est accrue hier à l’Assemblée nationale », souligne le politologue. Bien que François Bayrou soit resté 6 mois de plus que son prédécesseur, Michel Barnier, il a recueilli seulement 33 voix supplémentaires. Le rejet du Premier ministre ne s’est pas limité aux oppositions traditionnelles. Le RN et ses alliés, comme la gauche, ont voté contre, tandis que « la moitié du groupe LR [s’est retrouvé] dans le vote contre ou dans l’abstention, même chose pour LIOT ». Un signe clair de la détérioration du climat politique. « Il y a quelque chose qui nous montre que la colère gagne et que, au cœur même de certains partis de gouvernement, il y a un trouble… La division est générale », constate le politologue.
Cette fracture traverse tous les bords politiques. A droite, la famille des Républicains « était en train de se reconstruire électoralement, elle voyait un chef en la personne de Bruno Retailleau, une des personnalités les plus populaires aux yeux des Français… En dépit de cela, le vieux poison de cette famille, à savoir la guerre des chefs, s’est réintroduit avec le conflit qu’a déclenché Laurent Wauquiez », selon Pascal Perrineau. A gauche, ce sont les « arguments violents » qui inquiètent. Le politologue cite Boris Vallaud, président du groupe socialiste, qui a présenté le projet de François Bayrou comme « un projet de souffrance humaine. Tout ça est d’un excès tout à fait déplacé. […] Hier, la brutalisation était au Palais Bourbon. »
Un futur incertain
Dans ce contexte, nommer un nouveau ou une nouvelle Première ministre apparaît comme un choix cornélien pour le chef de l’Etat. « Il n’y a pas de majorité. Donc on est obligé de bricoler un compromis qui n’ose pas se présenter comme tel », rappelle l’invité. Il continue en plaidant pour la « nécessité d’arriver à une plateforme commune pour que l’homme ou la femme qui sera appelé à Matignon puisse avoir une feuille de route. »
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Pour Pascal Perrineau, la crise actuelle ne se réduit pas à la mécanique parlementaire. Elle reflète un malaise plus profond de la société française : « Il y a un malaise culturel, dans lequel on hésite entre la peur et la colère, et où l’on passe sans cesse de l’un à l’autre. Mais au fond, l’Assemblée nationale n’est pas du tout à l’abri. Quand on regarde les comportements d’hier, dans un moment grave de la démocratie française, on avait l’impression que cette colère s’était invitée en direct sur les bancs de l’Assemblée de l’extrême droite à l’extrême gauche. Et cela est délétère parce qu’on s’attend, dans un régime de plus en plus parlementaire, à ce que le parlementaire ait une éthique de responsabilité. »
Daphnée Cataldo
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