Dissolution Assemblée nationale : « C’est la plus grande erreur politique de toute la Ve République » affirme Jérôme Jaffré

Crédit : IBO/SIPA

Le Président de la République recouvre cette semaine la capacité de dissoudre l’Assemblée nationale, en vertu de l’article 12 de la Constitution. Cette capacité lui est restituée un an après la précédente dissolution, prononcée au soir des élections européennes de 2024. Invité de la matinale, le politologue Jérôme Jaffré dresse le bilan de cette dernière dissolution.

« Pour l’Élysée, Emmanuel Macron est réarmé politiquement », explique le politologue Jérôme Jaffré. En effet, d’après l’article 12 de la Constitution, le Président de la République retrouve son droit de dissolution une année après la tenue des précédentes élections législatives.

Le 7 juillet 2024 se tenait le second tour des législatives anticipées ayant suivi la dissolution de l’Assemblée nationale, que Jérôme Jaffré qualifie d’erreur : « Cette dissolution est la plus grande erreur politique de toute la Ve République. Elle est censée répondre à une crise majeure et permettre de trouver une solution politique, or il n’y a eu aucune résolution après la dissolution. »

Le chercheur associé au Cevipof en analyse les conséquences : « Depuis un an, nous assistons à un blocage du système politique tout entier, et cela va durer au moins jusqu’à la prochaine élection présidentielle de 2027. »

Le Rassemblement National renforcé

Pour Jérôme Jaffré, l’hypothèse d’une deuxième dissolution de l’Assemblée Nationale reste ouverte : « Comme je ne croyais pas une seconde à la dissolution d’il y a un an, je me garderais bien de considérer que cela est tout à fait impossible aujourd’hui. » Cependant, il rappelle le sens premier de la dissolution selon le général De Gaulle : « Il faut bien comprendre que la dissolution, dans l’institution de la Ve République voulue par le général De Gaulle, c’est un peu comme la dissuasion nucléaire, c’est une menace. Il n’y a pas besoin de s’en servir, mais il faut que les députés sachent que s’ils renversent le gouvernement, ils sont susceptibles d’être renvoyés vers les électeurs. »

Si la dissolution de 2024 a été choisie par Emmanuel Macron, c’était pour faire face au score très élevé, de 31,37 %, du Rassemblement National contre 14,60 % pour Renaissance et ses alliés lors des élections européennes. Pourtant, selon le politologue, le parti se retrouve aujourd’hui encore plus fort. Notamment depuis la rencontre entre Jordan Bardella et l’ex-président de droite Nicolas Sarkozy : « Ce rendez-vous a renforcé le Rassemblement National car, en recevant Jordan Bardella, le message est clair : le parti de Marine Le Pen est fréquentable, la preuve, Nicolas Sarkozy le fréquente. »

Objectif 2032

« Je suis venu vous dire que ce n’est pas fini, je vais avoir besoin de vous encore, pour les années qui viennent » : voilà l’annonce qu’Emmanuel Macron a faite lors d’une apparition surprise au meeting des Jeunes en marche. Une perspective que Jérôme Jaffré juge peu probable : « Se refaire élire en 2032 paraît extraordinaire pour le président Macron. C’est vrai qu’après Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy et François Hollande, comment ne pas penser à redevenir président de la République, mais il est important de noter qu’aucun d’eux n’y est parvenu. »

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La prochaine date clé reste l’élection présidentielle de 2027. Une échéance qui, selon Jérôme Jaffré, comporte des risques : « J’entends dans la classe politique que tout va se régler dans la présidentielle de 2027, c’est elle qui va trancher tous les débats, mais ça demande à être observé. Il y a surtout un risque réel que la présidentielle de 2027 ne permette pas de clarifier le paysage politique car l’inconvénient de notre système, lorsque l’on vote en front commun contre un parti au second tour, c’est que le président élu n’aura pas de légitimité et le pays ne connaîtra pas d’élan réformateur. »

Alessandra Wyak

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