Alors que la France vit actuellement une crise politique et se prépare à la chute très probable du gouvernement Bayrou, la présidente de la Banque Centrale Européenne Christine Lagarde s’exprime sur Radio Classique. Inquiète de la situation en France, elle rappelle aussi que le système bancaire français reste bien structuré et supervisé.
Sauf retournement de situation spectaculaire, la France sera sans gouvernement lundi prochain. François Bayrou, qui reçoit cette semaine les chefs de partis, engagera la responsabilité de son gouvernement lors d’un vote de confiance de l’Assemblée nationale. « Tous les risques de chute de gouvernements dans tous les pays de la zone euro sont préoccupants », estime Christine Lagarde. Mais la présidente de la BCE se montre plutôt rassurante sur la situation du système bancaire français : « il est mieux qu’il ne l’a été lors de la dernière crise financière, il est bien structuré, supervisé, avec des acteurs responsables ». Elle rappelle que les marchés « en toutes circonstances, évaluent le ‘risque pays’. Il a augmenté ces derniers jours ».
Peut-on alors imaginer une mise sous tutelle de la France par le Fonds Monétaire International, comme l’avait évoqué le ministre de l’Economie Eric Lombard, avant de rétropédaler ? Christine Lagarde, qui a dirigé le FMI pendant 8 ans, écarte cette idée, qui ressemble davantage à un mythe : « Ce sont les pays qui demandent l’intervention du FMI quand la balance courante est gravement déficitaire et que le pays ne fait pas face à ses obligations ». Or ce n’est pas le cas de la France. « Je doute que le gouvernement français envisage de faire appel au Fonds Monétaire International, qui probablement dirait ‘les conditions ne sont pas remplies, organisez-vous vous-même pour mettre de l’ordre dans vos finances publiques’ ».
Christine Lagarde : « si la Cour suprême [fait] l’objet de pressions politiques, alors je suis très préoccupée par l’état de droit aux Etats-Unis »
Pendant ce temps aux Etats-Unis, la Réserve fédérale américaine, l’équivalent de la BCE aux Etats-Unis, subit depuis des mois les coups de boutoir de Donald Trump. Le président ne cache plus son agacement face au patron de le Fed, Jerome Powell, qui a longtemps refusé de baisser les taux pour favoriser la croissance et l’emploi. Or l’institution, garante de l’équilibre de l’économie américaine, est sensée être indépendante.
A lire aussi
Un contrôle, forcément indirect, de l’institution serait toutefois « très difficile », observe Christine Lagarde, « car la Cour suprême est largement respectée dans le pays – et j’espère qu’elle le sera par lui – et elle a indiqué qu’un gouverneur [de la Fed] ne peut être révoqué que pour faute grave ». Une perspective qui paraît loin pour le moment, explique la présidente de la BCE, même si elle met en garde contre un scénario dans lequel Trump parviendrait à contrôler la Fed : « S’il y arrivait, ce serait un danger très sérieux pour l’économie américaine et mondiale ». Elle conclut : « si la Cour suprême devient à son tour l’objet de pressions politiques, alors je suis très préoccupée par l’état de droit aux Etats-Unis ».
Béatrice Mouedine
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique