Alors que François Bayrou joue son avenir politique lors du vote de confiance prévu ce lundi 8 septembre, la question de la dette publique revient avec force dans le débat public. Invité de la matinale, Élie Cohen, économiste, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po Paris, met en lumière les limites d’un système dans lequel s’inscrit l’Hexagone.
Pour Élie Cohen, la chute du Premier ministre ne fait aucun doute et est déjà intégrée par les marchés : « Cette chute est tellement anticipée que cela fait des mois que les acteurs économiques se sont calés sur cette perspective. […] Cette opération coûtera sans doute quelques dixièmes de points de croissance. » Mais ce n’est pas l’instabilité politique qui inquiète le plus l’économiste, c’est le rapport des Français à la dette. « Je n’ai jamais compris pourquoi les Français n’intègrent pas du tout cette donnée. Ils sont indifférents au niveau de la dette. Ils ont l’impression qu’on a toujours vécu avec, qu’on peut continuer à vivre avec », confie-t-il.
Une tolérance qu’il relie à la culture de l’Etat social : « La dette est devenue un moyen de financer la consommation des Français en renvoyant les factures à plus tard. Ils trouvent confortable de vivre avec un État-providence généreux, qui intervient dès qu’il y a un ralentissement de la croissance. » Or, l’économiste rappelle que l’endettement n’a de logique que s’il finance l’avenir : « si la dette est gagée sur des revenus futurs, oui, elle a un sens. Mais s’endetter pour financer les dépenses courantes, les déficits locaux ou une crise passagère, non. »
Un système obsolète
Ce confort pourrait se retourner contre les Français. Élie Cohen indique que l’Etat est reconnu pour sa redoutable efficacité fiscale, « tout le monde nous reconnaît une capacité à prélever et à monter les impôts quand c’est nécessaire. » Mais cette habitude rend désormais la dette structurelle et quasiment indéracinable.
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L’invité pose alors une question de fond : « est-ce que notre système sociopolitique est viable ? Avec des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques qui pèsent entre 45 et 50 % du PIB, le vieillissement de la population, les demandes incessantes d’intervention de l’État et le refus d’adaptations en matière d’assurance chômage […]. » Il ne plaide pas en faveur d’un démantèlement d’un modèle issu de l’après-guerre, mais pour sa refonte : « Il est nécessaire de reconsidérer ce système de protection sociale. »
Daphnée Cataldo
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