Sécurité sociale : « la santé a un coût » rappelle le directeur général de la CNAM, Thomas Fatôme

Mourad ALLILI/SIPA

Alors que la Sécurité sociale célèbre ses 80 ans, ce « trésor national » fait face à une importante crise financière. Invité des Voix de l’économie, Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), alerte sur l’ampleur du déficit et appelle à une mobilisation collective pour sauvegarder le modèle français.  

« Le système est en sérieuse difficulté financière, c’est certain. Pour l’assurance maladie, c’est près de 17 milliards d’euros en 2025 », prévient Thomas Fatôme. Face à cette situation, la CNAM a proposé 60 mesures de réforme dans son rapport annuel, afin de « restaurer la soutenabilité financière » d’un système menacé de déséquilibre durable. Il distingue deux causes principales. D’un côté, une composante structurelle liée au vieillissement de la population et à la hausse des maladies chroniques : diabète, cancer, troubles cardiovasculaires ou encore santé mentale. De l’autre, une composante conjoncturelle héritée des dépenses exceptionnelles du Ségur de la santé et de la crise du Covid. « On a tous applaudi les soignants et c’était normal de revaloriser. Mais en face, il n’y a pas eu de financement de ces 13 milliards d’euros qui pèsent lourd dans le budget de la sécurité sociale aujourd’hui », déclare-t-il.

Malgré ces difficultés, le patron de la CNAM rappelle la force du modèle français : « on reste avec un système d’assurance maladie qui est très protecteur dans notre pays. Le système des affections de longue durée (ALD), qui permet de prendre en charge à 100%, concerne de plus en plus de patients. » Mais cette générosité a un prix : d’ici 2035, un quart de la population pourrait relever de ce régime. Une perspective qui interroge la viabilité du modèle actuel.

Un système protecteur sous-tension

Pour Thomas Fatôme, la prévention est la seule issue durable. « On peut prévenir l’apparition du diabète si on a moins d’obésité et on peut prévenir l’obésité si on favorise l’activité physique et surtout la bonne nutrition ». Il plaide pour le développement d’outils simples comme le Nutri-Score, et rappelle que « la plupart des pathologies chroniques sont évitables : moins de tabac et moins d’alcool, c’est moins de cancer. Honnêtement, on ne s’en sortira pas autrement. »

Le directeur général de la CNAM appelle à un changement de mentalité : « il faut prendre conscience que la santé a un coût. » Pour le démontrer, la CNAM a récemment publié une infographie pédagogique : « en juillet, on a posté sur les réseaux sociaux une petite infographie très simple », dans lequel il est expliqué que sur 1 000 € versés à l’assurance maladie, seuls 30 € couvrent les frais de gestion, le reste finance directement les soins. « Notre système est efficace et peu coûteux à gérer, mais ce n’est pas gratuit, c’est un coût supporté par la collectivité. »

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La Sécurité sociale entre désormais dans sa neuvième décennie avec un défi majeur : préserver un modèle d’équité et de protection sans le faire s’effondrer sous son propre poids. Entre réformes structurelles, prévention accrue et responsabilité collective, la France devra, selon Thomas Fatôme, réapprendre à conjuguer santé et soutenabilité.

Daphnée Cataldo

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