C’est un texte hautement contesté, pourtant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été adopté en seconde lecture à l’Assemblée nationale et poursuit sa route vers une adoption définitive. Invité de la matinale, Thierry Martel, Directeur général de Groupama Assurances Mutuelles livre une critique sur la situation budgétaire de la France.
Dès le début, Thierry Martel ne mâche pas ses mots. Il estime que le gouvernement n’avait d’autre choix que d’avancer, mais pas dans de bonnes conditions : « sur ce PLFSS, on avait le choix entre la peste et le choléra. La peste, parce que ne pas avoir de budget aurait été une absence de visibilité très inquiétante. Le choléra, parce que ce budget est catastrophique quand on regarde les choses de près. » Le dirigeant rappelle qu’en 2019, le déficit de la Sécurité sociale était de 5 milliards d’euros, « là, il est affiché à 19, mais le déficit réel est autour de 25, parce qu’il y a des passe-passe budgétaires entre l’État et le budget de la Sécurité sociale. Au fond, on finance par de la dette de la dépense courante. En langage courant, c’est ce qu’on appelle de la cavalerie ou de la fuite en avant. »
Plus grave encore selon l’invité de David Abiker, le renoncement à la réforme des retraites, qu’il qualifie de « faute morale ». « On explique aux Français que cette réforme n’était pas si indispensable, alors que tout monde sait qu’il faut le faire. Dans une société normale, ce sont les parents qui font des efforts pour aider les enfants. Là, on demande aux enfants de serrer la ceinture pour le confort des parents. La société est très malade. »
Thierry Martel condamne également le discours politique selon lequel certaines mesures seraient financées « quoi qu’il en coûte ». Pour lui, cette logique est illusoire : « c’est toujours le citoyen qui paye. […] Ce sont les entreprises, les salariés, ceux qui créent la valeur dans ce pays. Sortir un milliard d’euros du chapeau, ça n’existe pas. » S’inspirant des fables de La Fontaine, il glisse : « à la fin de la journée, les fourmis finissent toujours par attraper les cigales. »
Travail, production et démographie, les angles morts français
Pour le patron de Groupama, la France souffre d’un problème structurel majeur : « son déficit de production ». Le pays manquerait de travail, de productivité, et d’un climat propice à l’investissement : « La priorité absolue, c’est de relancer la production. Pour ça, il faut aider les entreprises plutôt que les contraindre avec des normes et avec des impôts. » Il alerte également sur l’avenir du système de retraites par répartition : « la répartition, ce n’est pas de la richesse accumulée. Ce sont les générations suivantes qui paient pour les précédentes. Or la natalité est tombée à 1,6 enfant par femme. Pour la première fois, la courbe des décès va dépasser celle des naissances. »
La capitalisation, estime-t-il, pourrait jouer un rôle complémentaire : « c’est une bonne idée parce que ça dégage des ressources financières à long terme. Mais, pour les générations qui devraient se constituer une retraite par capitalisation alors même que la charge de la retraite par répartition ne cesse d’augmenter, c’est une équation économique difficile à tenir. »
Une instabilité politique comparable à celle du Nigeria ou de l’Afrique du Sud
Thierry Martel identifie trois risques prioritaires : deux mondiaux, le climat et la cybersécurité, et un spécifiquement français, l’instabilité politique. Sur le climat, il estime que la prévention reste dramatiquement sous-financée : « le fonds Barnier, destiné à financer les mesures de prévention, devrait être alimenté à hauteur de 450 millions d’euros, ce qui n’est pas énorme pour adapter le territoire… L’État a considéré que 300 millions suffiraient. Ce n’est pas raisonnable. La priorité est de protéger le territoire contre ces phénomènes climatiques. » La cybersécurité est pour lui un « risque majeur » encore très mal appréhendé : « les primes d’assurance collectées, au niveau de la planète, représentent 15 milliards de dollars. Le marché français de l’assurance de demain, c’est 75 milliards d’euros. C’est très peu pour un risque qui est absolument majeur. »
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L’invité juge également la situation française préoccupante : « Les réassureurs aujourd’hui nous jugent de manière assez sévère puisqu’ils nous cotent en termes de primes comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud en termes de risques d’instabilité politique. » Il rappelle l’enchaînement accéléré des émeutes : celles de 2005, le mouvement des Gilets Jaunes en 2018, puis les protestations à la suite de la mort de Nahel en 2023. « L’invective et la violence ont pris le pas sur le dialogue. En tant que citoyen, je suis très inquiet. »
Daphnée Cataldo
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