Uniforme scolaire, bonne ou mauvaise idée ? Le débat, relancé régulièrement depuis plusieurs décennies, continue de diviser la classe politique comme l’opinion publique. Tandis que plusieurs établissements expérimentent cette tenue commune, la question reste hautement symbolique. Invité de la matinale, le sociologue Jean-Claude Kaufmann, auteur de L’Uniforme scolaire : vêtement archaïque ou instrument de la modernité ? (Armand Colin), propose une lecture bien plus profonde que le simple clivage politique.
« Le débat est vide, faux et d’une grande pauvreté », estime Jean-Claude Kaufmann. Selon lui, la question a été confisquée par un affrontement idéologique. « C’est un débat purement politique de clans : la gauche contre la droite. La droite s’est emparée de la question de l’uniforme scolaire dans l’idée qu’il faut restaurer de l’ordre, de la discipline et de l’autorité dans la société. » Cependant, le sociologue rappelle que l’uniforme est une idée historiquement de gauche puisque cela a été pensé comme un outil d’égalité à l’école.
Jean-Claude Kaufmann replace aussi la France dans un cadre plus large. « L’Europe continentale est une exception », observe-t-il. Dans la majeure partie du monde, l’uniforme scolaire est la norme. Cette singularité française s’explique par une évolution profonde des sociétés occidentales depuis les années 1960, marquée par l’émergence de « l’individu-roi ». « On est passé d’une société qui était cadrée, avec des règles morales et sociales qui définissaient les individus mais les enfermaient aussi à une société du sujet qui invente sa vie complètement librement, qui décide de sa vérité, de sa morale. C’est une liberté, une émancipation extraordinaire. »
Une tenue balançant entre identité personnelle et cadre commun
Une liberté qu’il juge précieuse, mais qui n’est pas sans conséquences. « Est-ce qu’on peut aller partout comme ça, de manière anarchique, sans régulation ? Est-ce que l’enfant est une personne absolue, capable de décider de tout ? », interroge-t-il. Selon l’invité de David Abiker, cette injonction permanente à l’autonomie peut devenir lourde à porter pour les plus jeunes : « Le pauvre [enfant], parfois il est complètement perdu et fatigué. » C’est là que l’uniforme, loin d’être une contrainte, peut jouer un rôle structurant.
Contrairement aux idées reçues, il est souvent bien accepté par les enfants. « Les jeunes adorent se déguiser. Et là, ils rentrent dans quel déguisement ? Dans le rôle d’écolier. Quand ils rentrent à l’école, ils ne sont pas simplement l’individu-roi, ils deviennent l’écolier. » Même la forme de l’uniforme surprend parfois les adultes. Lorsqu’on consulte les élèves sur son apparence, certains responsables imaginent une tenue moderne, proche du sweat ou du vêtement de sport. « Et alors quand les enfants sont consultés, ils disent « Non, on veut le blazer ! » », raconte le sociologue, en référence à l’univers très codifié d’Harry Potter.
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Pour Jean-Claude Kaufmann, l’uniforme dépasse largement la question du vêtement. « L’uniforme, c’est un point de repère institutionnel. » Il matérialise l’entrée dans un cadre, avec ses règles et ses exigences. Cela revient à la notion d’« appartenance au groupe », insistant sur le fait que l’uniforme favorise l’acceptation des règles et du collectif.
Daphnée Cataldo
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