« La santé mentale n’est pas juste un problème médical, c’est un problème social » insiste Maria Melchior

Stephane Allaman/SIPA

Au rythme des campagnes de prévention, des dispositifs de sensibilisation et des conférences dédiées, la santé mentale s’impose de plus en plus dans le débat public. Maria Melchior, épidémiologiste et invitée, pour l’année 2025-2026, à occuper la chaire annuelle Santé publique du Collège de France créée en partenariat avec l’Agence nationale Santé publique France, souligne l’ampleur et la complexité d’un sujet devenu central dans notre société.

L’« épidémiologie psychiatrique » demeure peu connue en France indique Maria Melchior. Pourtant, cette discipline permet d’observer la santé mentale à l’échelle de la population, et les chiffres sont sans appel : « Une personne sur cinq a un trouble de la santé mentale plus ou moins sévère. C’est la première dépense de l’Assurance maladie. Les maladies mentales, qu’elles soient passagères ou chroniques, sont avec nous et font partie vraiment du paysage médical. »

Pour la chercheuse, l’enjeu dépasse largement le domaine médical. « La santé mentale n’est pas juste un problème médical, c’est un problème social », insiste-t-elle. Les troubles psychiques ont des conséquences profondes sur la vie quotidienne : isolement, difficultés professionnelles, ruptures relationnelles, perte de repères… Ils alimentent également craintes, préjugés et discriminations. « Les personnes qui ont des problèmes de santé mentale, ont une maladie du cerveau. Ce n’est ni une question de volonté, ni une question de se prendre en main et se bouger pour aller mieux… Ce sont des maladies. Il faut que ce regard sur les personnes ayant des maladies psychiques change et qu’il y ait moins de discrimination, moins d’exclusion. »

1 Français sur 5 concerné par une maladie mentale

Maria Melchior rappelle l’importance d’une éducation précoce aux émotions, et ce « dès l’enfance », désormais intégrée aux programmes scolaires : apprendre à identifier son mal-être, comprendre celui des autres, savoir désamorcer les conflits avant qu’ils ne deviennent des crises. Les données montrent également que l’environnement influence fortement la santé mentale : « depuis le 19e siècle, on sait qu’il y a plus de personnes avec des troubles psychiques dans les villes qu’à la campagne. […] La prévention est très largement en dehors du système de santé, ce qui rend les réponses politiques et sociales complexes. Il faudrait que toutes les politiques publiques soient évaluées à l’aune de la santé, de leur impact potentiel sur la santé. »

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Alors que la santé mentale est la Grande cause nationale 2025 et 2026, Maria Melchior appelle à dépasser la simple crise de conscience pour engager une action collective durable et cohérente.

Daphnée Cataldo

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