« Les millenials soutiennent l’Europe et peuvent être un îlot de résistance par rapport au chaos du monde » déclare Monique Dagnaud

Antonin Utz/SIPA

Les propos du général Fabien Mandon, chef d’état-major des Armées françaises, affirmant devant les maires qu’« il faut accepter de perdre nos enfants » en cas de guerre avec la Russie, ont ravivé les inquiétudes d’une jeunesse déjà ébranlée par les crises successives. Invitée de la matinale, la sociologue Monique Dagnaud, spécialiste des mutations de la jeunesse et autrice de Génération Reset, décrypte le rapport de la génération Y au monde qui se transforme.

Dès l’invasion de l’Ukraine en 2022, la première réaction des trentenaires « était un désarroi absolu » explique Monique Dagnaud. Pourtant, cette sidération a vite laissé place à un soutien clair à l’Ukraine : aide militaire, accueil des réfugiés, défense des valeurs européennes. Pour la sociologue, cette génération reste « très européenne », profondément attachée à la paix et aux libertés, après avoir grandi dans l’idée d’une stabilité presque acquise.

Le choc des crises, Covid, guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien, tensions économiques et chaos politique, a bouleversé les repères d’une génération qui avait été nourrie, au début des années 2010, par l’optimisme numérique. « Facebook était associé à l’idée d’une société plus démocratique, leur donnant une grande capacité d’expression et de l’autonomie. Pendant une période, ils ont été pris dans une espèce de vent d’optimisme […]. Une quinzaine d’années après, ils sont en plein désarroi, mais aussi très critiques du monde dans lequel ils ont été éduqués et dans lequel ils doivent faire leurs preuves. »

Une jeunesse européenne face aux crises mondiales

Pionniers des réseaux sociaux, les millenials en sont aussi devenus les critiques les plus sévères. « Ils savent très bien contourner, déjouer les manipulations, connaissent le monde des fake news, craignent la surveillance numérique », explique l’invitée de David Abiker. Formés au numérique et experts dans leur usage professionnel, ils restent pourtant méfiants face à la logique marchande et à l’influence toxique des plateformes, particulièrement sur les plus jeunes.

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Pour Monique Dagnaud, cette génération conjugue plusieurs traits structurants : « ils soutiennent l’Europe et peuvent être un îlot de résistance par rapport au chaos du monde, notamment au trumpisme », en plus d’avoir une sensibilité anticapitaliste alimentée par l’urgence écologique, et une prise de conscience des inégalités croissantes, notamment dans l’accès au logement. « Les générations d’avant, surtout quand elles étaient diplômées, pouvaient bien s’installer, acheter un logement, y compris dans les centres-villes où la plupart de ces jeunes travaillent. Désormais, il est difficile d’entrer dans la propriété du logement si on n’a pas un soutien familial. »

Daphnée Cataldo

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