Guerre en Ukraine : « Très clairement la France est en pointe dans ce dossier », affirme Bruno Tertrais

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L’alliance atlantique a annoncé que les chefs d’état-major des armées de l’OTAN se réunissent en visioconférence ce mercredi après-midi pour évoquer le conflit en Ukraine et les progrès des efforts diplomatiques. Cette réunion intervient alors qu’une rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky est envisagée. Invité de la matinale, Bruno Tertrais, politologue, estime que cette rencontre ne va pas avoir lieu.

Donald Trump a fait savoir qu’il allait « commencer les préparatifs » d’une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, qui rejetait jusqu’ici une telle réunion. Mais cette rencontre ne semble pas crédible pour Bruno Tertrais : « Vladimir Poutine n’a pas formellement accepté le principe d’un sommet bilatéral avec Zelensky. Et je pense qu’il n’y aura sans doute pas de sommet, car pour Poutine, cela reviendrait à reconnaître l’existence de l’Ukraine en tant que pays souverain au même niveau que la Russie, mais ça, c’est inenvisageable. »

Pourtant, plusieurs pays, comme la Suisse, l’Autriche ou la Hongrie, se proposent comme terre d’accueil de ce sommet. Lors d’un appel avec Donald Trump ce lundi 18 août, Vladimir Poutine aurait même pris les devants : « Quand le président Russe propose Moscou comme lieu de rencontre au président américain, c’est purement stratégique, parce qu’il sait très bien que c’est le seul endroit où Zelensky refuserait d’aller. En réalité, Poutine joue avec Trump comme un chat joue avec une pelote de laine. »

D’après le politologue, une rencontre sous une autre forme reste envisageable : « Ce qui reste possible, c’est une rencontre à haut niveau, c’est-à-dire que ce sont les ministres des affaires étrangères qui vont se rencontrer en vue d’arriver à un éventuel accord d’armistice. »

Les garanties de sécurité au cœur des discussions de l’OTAN

Les États-Unis ont annoncé être prêts à apporter un soutien militaire aérien, ce mardi 19 août, en guise de garantie de sécurité à l’Ukraine en cas d’accord de paix avec la Russie. C’est justement le sujet central vers lequel vont se tourner les discussions de la visioconférence de l’OTAN cet après-midi : « Si lors de la coalition volontaire on arrive à stabiliser la question de la distribution des territoires, il va falloir garantir que Poutine ne puisse plus attaquer l’Ukraine, et c’est ça la question fondamentale. »

Le politologue explique que ces garanties de sécurité peuvent être négatives et positives : « La définition négative signifie qu’un pays s’engage à ne plus attaquer tel ou tel pays. Pour l’instant, on a la Russie qui a dit qu’elle s’engage à signer un texte pour ne plus attaquer personne, mais personne ne peut la croire sérieusement alors qu’elle a déjà violé cet engagement à de multiples reprises. Ensuite, on a la définition positive qui signifie qu’un pays s’engage à garantir la sécurité d’un autre pays. On a déjà la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni qui se sont engagés. »

D’après lui, la Russie ne veut pas de ces propositions mais les Européens et les Ukrainiens ne sont pas prêts à changer d’avis : « Ils ont annoncé très clairement que s’il n’y a pas ces fameuses garanties de sécurité, il n’y aura pas d’accord. »

Emmanuel Macron : Une figure centrale des négociations sur l’Ukraine

« Le rôle de la France est assez intéressant parce que très clairement, elle est en pointe dans ce dossier », affirme Bruno Tertrais. Depuis 2022, Emmanuel Macron a fait de la guerre en Ukraine un point central de sa politique.

Pour le politologue, le président de la République a su s’imposer comme une figure des négociations : « Pour parler avec Trump, il faut qu’il vous aime bien. Et on a pu voir que lors du sommet de lundi, pas mal de dirigeants européens ont fait des courbettes à Trump, mais Emmanuel Macron est le seul qui a su rester ferme. Il a une véritable capacité à entraîner les Européens avec lui, et je crois qu’il joue un rôle très utile dans les négociations, surtout maintenant qu’il n’a plus aucune illusion vis-à-vis de la Russie et de Vladimir Poutine. »

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Pourtant, Bruno Tertrais affirme que les Européens sont en train de voir leur plus grande crainte se réaliser : « Cette rencontre en Alaska entre Trump et Poutine, c’était un véritable cadeau pour le président russe. Il a pu retrouver l’ambiance qu’il adore, celle de la guerre froide où il se donne l’impression qu’avec l’Amérique, il gère ensemble les affaires de la sécurité du monde, et ça, c’était exactement ce que les Européens ne voulaient pas qu’il se passe. »

Alessandra Wyak

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