Rencontre Trump-Zelensky : « Les Européens et Zelensky veulent rappeler que la paix ne se fait pas à n’importe quel prix », explique Ulrich Bounat

Crédit : Mystyslav Chernov/AP/SIPA

Après le sommet Trump-Poutine en Alaska, le président américain reçoit ce lundi 18 août Volodymyr Zelensky, président ukrainien, à la Maison Blanche. Les deux hommes s’entretiendront dans l’après-midi en présence des soutiens européens, dont Emmanuel Macron. Invité de la matinale, Ulrich Bounat, analyste géopolitique, décrypte la situation à quelques heures de cette réunion.

Après presque trois heures de réunion lors du sommet en Alaska qui s’est tenu le vendredi 15 août, Donald Trump et Vladimir Poutine n’ont pas réussi à s’accorder sur un plan pour résoudre le conflit en Ukraine. Depuis le fort de Brégançon, le président français Emmanuel Macron a réagi avec gravité : « J’ai l’intime conviction que Vladimir Poutine ne veut pas la paix, mais la capitulation de l’Ukraine, alors que Donald Trump veut la paix ».

Ulrich Bounat, analyste géopolitique, estime que la volonté affichée par Donald Trump de parvenir à la paix à tout prix pourrait poser problème : « En désirant obtenir la paix le plus rapidement possible, on observe que Donald Trump a plutôt tendance à se ranger du côté de la Russie, comme il a beaucoup plus de facilité à faire pression sur Volodymyr Zelensky que sur Vladimir Poutine. »

Pourtant, c’est bien le président américain qui reste le maître du jeu : « C’est Trump qui peut faire la pluie et le beau temps, dans le sens où il peut décider de mettre plus de sanctions à la Russie comme il peut apporter plus de sécurité à l’Ukraine. C’est pour ça que les Européens se rendent à Washington aujourd’hui. »

L’Ukraine à la recherche d’une paix équilibrée

C’est la cinquième fois que Volodymyr Zelensky est reçu dans le bureau ovale depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. C’est aussi la deuxième fois qu’il rencontre Donald Trump, après une première entrevue assez tendue au cours de laquelle le président américain l’avait accusé de « manquer de respect et de ne pas avoir dit une seule fois merci pour l’aide militaire fournie par les États-Unis. »

Pour Ulrich Bounat, l’objectif de l’Europe et de l’Ukraine lors de cette nouvelle réunion, c’est de s’imposer : « Il faut d’abord qu’ils essaient de comprendre ce qui s’est dit en Alaska, et à partir de là, il va falloir revenir sur les conditions imposées par Vladimir Poutine, dont certaines sont vraiment inacceptables pour l’Ukraine. L’autre point majeur, c’est de leur faire comprendre que la paix ne peut pas se faire à n’importe quel prix ! »

Car, pour poursuivre les négociations de paix, Vladimir Poutine aurait posé une exigence : prendre le contrôle de l’entièreté du Donbass. Pour l’Ukraine, c’est militairement inacceptable : « Le Donbass, c’est 10 % du territoire ukrainien, explique l’analyste. Laisser la partie contrôlée par la Russie depuis 2015 a déjà été acceptée par les Ukrainiens, qui savent que cela fait 10 ans maintenant que la population est soumise à la propagande pro-russe. Mais le problème, c’est qu’il reste 25 à 30 % du territoire, dont les deux plus grandes villes, qui ne sont pas occupées. Dès lors, céder l’ensemble du territoire sans se battre est inimaginable. »

Poutine, grand gagnant du sommet en Alaska ?

Depuis mars 2023, le président russe est visé par un mandat d’arrêt international pour des soupçons de déportation illégale d’enfants ukrainiens vers la Russie. L’analyste politique estime que sa simple arrivée sur le sol américain constituerait déjà une victoire pour lui : « Vladimir Poutine a totalement réhabilité son image, et c’était quand même assez incroyable de le voir arriver sur un tapis rouge, dans un rugissement d’applaudissements. Il est clair que, sur la forme, il est le grand gagnant de ce sommet en Alaska. »

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Du côté européen, l’enjeu médiatique et géopolitique est également important : « Si l’Europe n’arrive pas à influencer le cours des choses, si elle n’arrive pas à s’asseoir à la table des négociations, il sera compliqué de prétendre ensuite qu’elle est une puissance géopolitique capable de peser sur les affaires du monde. »

Alessandra Wyak

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