Gaza : « Des observateurs craignent que la volonté de Netanyahou soit l’extermination de la ville et le déplacement forcé de la population », affirme Gilles Kepel

Crédit : V.WARTNER/20 MINUTES/SIPA

La France et l’Arabie Saoudite coprésident la conférence sur la reconnaissance de l’État de Palestine ce 28 juillet à New York. Les deux pays ont 48 heures pour présenter leur vision commune pour l’après-guerre entre Israël et la Palestine en vue d’assurer la reconstruction, la sécurité et la gouvernance de Gaza. Invité de la matinale, Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, décrypte l’initiative franco-saoudienne.

À l’origine, la conférence menée par la France et l’Arabie Saoudite devait se tenir en juin. Elle a été reportée en raison de l’attaque Israélienne en Iran. A l’occasion de la conférence sur la reconnaissance de l’État de Palestine, plus de 100 pays doivent s’exprimer à la tribune de l’ONU. Pour Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, leur participation ne signifie pas qu’ils comptent réagir : « il y a des rumeurs qui circulent sur les pays qui se disent prêts à reconnaître la Palestine, mais rien n’est confirmé. Je pense que tout se joue sur la manière dont sera abordé le sujet dans les prochaines 48 heures. »

Ces discussions ont un objectif : « ouvrir la voie à la solution à deux États », a déclaré Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères français. Elle préconise la création de deux États indépendants, l’un palestinien, l’autre israélien.

D’après le spécialiste, cette solution reste la plus complexe à mettre en place : « la reconnaissance de l’État de Palestine à ce stade est purement symbolique. On ne sait pas encore quelles sont ses frontières, on ne sait pas si dans ses frontières on compte Gaza et la Cisjordanie, mais dans ce cas-là, il devrait mettre fin à un autre problème : le grignotage de ces terres par les colons israéliens. C’est encore trop tôt pour aboutir à une solution à deux États. » En 2023, seuls 35 % des Israéliens croyaient encore à cette solution, selon une étude américaine du Pew Research Center.

Une trêve tactique pour Israël

Après cinq mois de blocus de l’aide humanitaire en direction de Gaza, l’armée israélienne a annoncé une pause tactique dans ses opérations militaires. Ainsi, tous les jours de 10 heures à 20 heures, les organisations humanitaires ont de nouveau accès à la ville et peuvent réaliser les distributions alimentaires nécessaires, alors que le taux de malnutrition dans la bande de Gaza a atteint des niveaux alarmants, selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

Gilles Kepel estime que cette pause n’est pas liée au hasard du calendrier : « Si Israël a décidé de cette pause et a même fait des parachutages avec de la nourriture, c’est uniquement parce que, dans le monde juif, il a commencé à y avoir un trop grand nombre de réactions effarées par les images des enfants palestiniens décharnés. »

Il alerte sur les intentions réelles des actions de Benjamin Netanyahou dans la bande de Gaza : « Il y a un certain nombre d’observateurs sur place qui se sont demandés si la volonté de Netanyahou n’était pas l’extermination de Gaza et le déplacement forcé des Palestiniens. »

Benjamin Netanyahou, un obstacle vers la paix ?

En 2020, sous l’égide de l’Administration Trump, les accords d’Abraham devaient normaliser les relations entre Israël et les pays arabes qui, par leur signature, reconnaissaient Israël et allaient établir des relations diplomatiques officielles. Ils ont permis des échanges commerciaux croissants, une coopération sécuritaire renforcée et un rapprochement culturel inédit.

Pour Gilles Kepel, c’est sur cette base que doit se construire le futur accord entre Israël et la Palestine : « la reconnaissance de l’État de Palestine va se traduire également par le fait que les États du Golfe pourront à ce moment-là reconnaître aussi l’État d’Israël. Une fois que ce sera fait, il faudra fonder une nouvelle architecture de prospérité comme celle des accords d’Abraham, mais avec la Palestine cette fois-ci dedans. »

A lire aussi

 

Pourtant, avant de tenter un quelconque accord, il reste une chose à faire d’après le spécialiste du monde arabe : « Notre dilemme aujourd’hui, c’est qu’il est compliqué d’envisager quoi que ce soit si on a toujours Benjamin Netanyahu au pouvoir, et il compte y rester. Pourtant, c’est la solution pour avancer vers la paix. »

Alessandra Wyak

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale