À la rentrée, l’université d’Aix-Marseille accueillera 31 chercheurs américains. Face aux menaces de suppression de milliards de dollars de subventions de recherche par l’administration Trump, les chercheurs américains ont postulé au programme Safe Place For Science pour bénéficier de la liberté académique de l’université du sud de la France. Invité de la matinale, Brian Sandberg, enseignant dans une université publique du Midwest, témoigne des effets de la politique antiscience de Donald Trump.
« Dans les médias, on voit principalement Harvard ou Columbia, mais en fait, c’est tout le système de recherche et d’éducation qui est attaqué par l’administration Trump », explique Brian Sandberg. Après la suppression de milliards de dollars de subventions de recherche, 75 % des scientifiques envisagent de quitter les États-Unis.
Le chercheur en histoire du climat témoigne de la gravité de la situation : « Beaucoup de scientifiques pensent que toute leur carrière est terminée. Pas mal de mes collègues avaient une bourse appelée National Endowment for the Humanities mais aujourd’hui elle leur a été retirée et ils ont dû licencier des assistants de recherche et arrêter leurs travaux. Les scientifiques du secteur de la recherche en médecine tirent la sonnette d’alarme car ils n’ont plus les financements nécessaires pour continuer. »
La France a donc mis en place Safe Place For Science, un programme d’asile scientifique destiné aux chercheurs entravés dans leurs recherches. En tout, 600 chercheurs ont postulé, dont Brian Sandberg : « Au moment où les attaques de l’administration Trump se sont amplifiées, j’ai vu que le monde des recherches aux États-Unis était bouleversé et à ce moment-là je me suis dit que je devais déposer ma candidature pour au moins avoir la possibilité de continuer mes recherches sur la thématique du Petit Âge Glaciaire et sur le changement climatique, étant donné qu’elles sont bloquées aux Etats-Unis. »
Etudiants et musées dans le viseur de Donald Trump
C’est l’université d’Aix-Marseille qui accueillera 31 chercheurs à la rentrée 2025. Mais d’après le chercheur sur l’histoire du climat, les étudiants aussi sont menacés : « Une grande partie des étudiants ne peuvent pas poursuivre leurs études parce que les programmes qu’ils suivent sont supprimés. Les étudiants étrangers, eux, font face à une autre menace, celle de perdre leur visa. » Aujourd’hui, la demande de visa pour les États-Unis en tant qu’étudiant ou chercheur n’est plus possible.
Deuxième étape du plan de Donald Trump dans son attaque au système éducatif, il veut « rétablir la vérité dans l’histoire américaine. » Le 28 mars dernier, il a d’ailleurs signé un décret visant à reprendre le contrôle du contenu des musées Smithsonian de Washington.
Brian Sandberg alerte sur un possible révisionnisme de l’histoire américaine : « Le Smithsonian, c’est l’institution qui gère tous les grands musées de Washington. Ils contiennent l’histoire des indigènes et des Afro-Américains. Mais tous ces musées sont en train d’être pris en main par l’administration Trump qui veut changer l’histoire à motif politique. »
Un régime autoritaire aux Etats-Unis ?
« Ce n’est pas l’administration Trump qui contrôle directement l’enseignement aux États-Unis. Mais on voit que ses alliés au niveau des États sont en train de changer tous les modes d’enseignement ! Par exemple, au Texas et en Floride, il y a des républicains de l’État de l’Indiana qui sont en train d’éliminer 20 % des programmes académiques », explique Brian Sandberg.
D’après lui, Donald Trump aurait un objectif très précis en tête : « Il veut transformer les universités vers des programmes pratiques de type business ou ingénierie. Il veut aussi contrôler l’histoire en disant que l’esclavage n’était pas aussi grave que ça, par exemple. Il veut avoir un type d’histoire pratique pour lui qui dit que le business c’est bien et que les États-Unis n’ont pas commis d’erreur par le passé, mais c’est du révisionnisme. »
A lire aussi
Brian Sandberg n’envisage pas un avenir serein aux États-Unis : « La liberté d’enseignement est menacée et le pays semble évoluer vers un régime autoritaire. »
Alessandra Wyak
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale