De la crise politique française aux attaques de Donald Trump contre les universités, les menaces de dérives autoritaires semblent de plus en plus concrètes. Invité de la matinale, Roland Cayrol, politologue et auteur d’Alerte mondiale : démocratie en danger ! (Editions de l’Aube), s’exprime sur la crise démocratique qui se diffuse dans le monde.
« C’est évident que la démocratie se porte mal », affirme d’emblée Roland Cayrol. Il rappelle que certains pays vivent depuis longtemps sous des régimes autoritaires, tels que la Chine, la Russie, ou encore l’Algérie. Mais le malaise s’étend désormais bien au-delà : « dans tous les pays, il y a comme une fatigue démocratique, un sentiment que ce n’est pas efficace, qu’on vit dans un monde plus compliqué et qu’il faut des régimes plus forts pour affronter les difficultés. »
Pour le politologue, le changement le plus préoccupant s’est produit outre-Atlantique : « Les Etats-Unis étaient une démocratie libérale, l’exemple d’un pays où le régime ne pouvait pas être autrement. Mais ils basculent complétement vers une société illibérale, oublient les principes mêmes du droit et du pluralisme. » Un phénomène qui s’est étendu jusque dans les universités prestigieuses du pays, lieux devant incarner la liberté intellectuelle, et qui ne peut qu’entraîner des répercussions sur le reste du monde selon Roland Cayrol.
Si la démocratie vacille, c’est aussi parce que ses citoyens ne mesurent plus sa valeur. « On a tellement pris l’habitude de vivre dans des pays de liberté, où on a des élections, où on respecte le résultat des élections, qu’on ne jouit même pas de cette faveur-là », déplore le politologue. Habitués à se plaindre de leur quotidien, surtout en Occident, beaucoup oublient qu’il existe pire ailleurs. Or, insiste-t-il, « la démocratie est un bienfait dont il faut en faire la propagande et défendre dans le monde. »
« L’Europe est le seul bastion où on défend la démocratie »
Face à ce recul global, l’Europe apparaît comme l’un des rares remparts : « Le seul continent qui essaye encore d’appliquer les préceptes démocratiques, c’est l’Europe. » Mais cette structure n’est pas invulnérable. Roland Cayrol cite la Hongrie et la Slovaquie comme exemples de régimes « illibéraux », qui ressemblent à la démocratie sans en être vraiment : « c’est comme du Schweppes : ça a un peu le goût de l’alcool, ça ressemble à l’alcool, mais ça n’en est pas. » Cette situation explique la nécessité d’une vigilance constate : « l’ensemble des pays européens résistent, mais il faut se battre pour préserver ça. […] La démocratie européenne doit être forte, défendre ses valeurs et montrer qu’elles apportent des réponses positives aux citoyens. »
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Au-delà de la politique, Roland Cayrol insiste sur l’importance d’éduquer dès le plus jeune âge à la démocratie : « Quand un enfant, parce qu’il est plus puissant, arrache le sandwich d’un autre, il faut apprendre que ça ne marche pas comme ça, qu’on vit mieux s’il y a des règles et des procédures de partage. » Car la démocratie, comme il le fait remarquer, « ne va pas de soi. […] Elle exige un effort tous les jours. Sans cet apprentissage, aucune chance qu’elle survive. »
Daphnée Cataldo
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