Crise politique : « Le problème n’est ni à Matignon, ni à l’Assemblée nationale, il ne peut qu’être à l’Élysée » déclare Benjamin Morel

Firas Abdullah-POOL/SIPA

La vie politique française traverse une zone de turbulence sans précédent. Après la chute successive de plusieurs Premiers ministres et la difficulté de former un nouveau gouvernement stable, les tensions ne cessent de s’amplifier. Invité de la matinale, Benjamin Morel, politologue et maître de conférences en droit public à l’Université Paris-Panthéon-Assas, met en lumière une impasse institutionnelle.

« Pour qu’un gouvernement tienne, il faut une majorité. Or, aujourd’hui, cette majorité apparaît introuvable », résume Benjamin Morel. Pour lui, le cœur du blocage n’est pas seulement conjoncturel, il tient à l’absence d’un « socle commun » capable de rassembler les forces politiques. Peu importe la façon dont cet événement est nommé, « crise politique, crise de régime… au fond les deux sont profondément corrélés ». Une situation qui rappelle la fin de la IVe République, lorsque les gouvernements se succédaient sans parvenir à stabiliser le pays : « ce qui a rééquilibré le système, ce n’est pas tant le changement de Constitution, mais le retour de De Gaulle au pouvoir […]. Aujourd’hui, on a un hémicycle extrêmement morcelé. La question de la dette se pose à nous et on n’arrive pas à construire un consensus autour avec des blocs imperméables. Donc qu’est-ce qu’on fait ? On continue de changer de gouvernement. »

Au-delà de la valse des gouvernements, Benjamin Morel rappelle que le futur exécutif sera surtout jugé sur sa capacité à faire adopter des budgets décisifs : « le problème majeur qui se pose au prochain gouvernement, ce sera de faire passer deux budgets, parce qu’on oublie souvent le deuxième, celui qui a fait tomber Michel Barnier : le projet de loi de la sécurité sociale et le projet de loi de finances. » Le politologue souligne le rôle stratégique du Parti socialiste dans ce contexte : « s’ils laissent passer le budget, ils risquent de le payer très cher : l’électorat de gauche pourrait ne pas le leur pardonner, et des potentiels partenaires de gauche, notamment écologistes, risquent de se désolidariser vis-à-vis d’eux aux municipales. Or, s’ils perdent ces élections, on dira que le PS est mort, et l’hégémonie à gauche arrivera à Jean-Luc Mélenchon. »

Nouveau gouvernement, même problème

Face à l’impasse, l’hypothèse d’une nouvelle dissolution circule. Mais là encore, Benjamin Morel se montre sceptique. Selon lui, deux scénarios dominent : « Le plus probable est que ce soit encore plus ingouvernable. Il y aura plus de députés RN, et il n’y aura pas beaucoup moins de députés LFI. […] La seconde option est qu’il y ait une majorité absolue au Rassemblement National. Dans quel cas on rentre dans une période de cohabitation avec un Rassemblement National qui tenterait de se crédibiliser en vue de 2027. […]. Donc dans les deux cas, si je me mets à la place d’Emmanuel Macron, la dissolution n’est clairement pas une solution pour lui. »

A lire aussi

 

Pour le professeur de droit public, l’élément qui cristallise les blocages et empêche la sortie de crise est évidente : « le problème n’est ni à Matignon, ni à l’Assemblée nationale, il ne peut qu’être à l’Élysée. »

Daphnée Cataldo

Retrouvez tous les articles liés à la politique