Entre le plan d’action de Donald Trump pour Gaza et les incertitudes sur l’avenir de l’Europe, le monde semble en plein bouleversement. Invité de la matinale, Alain Juppé, membre du Conseil constitutionnel et auteur de L’heure du choix : Pour une déclaration d’indépendance des Européens (Tallandier), permet un éclaircissement sur les enjeux européens et mondiaux.
Interrogé sur la condamnation de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé rappelle d’emblée son devoir : « je siège au Conseil constitutionnel, ce qui m’oblige à un devoir de réserve sur l’actualité de politique intérieure. » Il se garde alors de tout commentaire concernant cette affaire, mais souligne avoir partagé 40 ans de vie politique avec l’ancien président dont il a apprécié « l’énergie, la volonté et le courage ». Sur la question de l’exécution provisoire, il renvoie la responsabilité au législateur : « Ce n’est pas une question qu’il faut poser au juge, mais au législateur. »
Face aux conflits internationaux, Alain Juppé est plus disert. Il estime qu’« il faut absolument arrêter les massacres. Le chemin vers la création d’un État palestinien vivant en paix, peut-être en amitié avec Israël, va être très long. Il y aura des rechutes sur ce chemin. » Quant à la guerre en Ukraine, l’ancien Premier ministre indique que « Donald Trump se fait balader par Vladimir Poutine, et ce dernier a une stratégie : installer à Kiev un régime fantoche, comme celui qui existe en Biélorussie, et disloquer l’Union européenne. Il progresse pas à pas. Donc Donald Trump ferait bien de se rendre compte des limites de son action. Et, surtout, l’Europe doit assurer ses responsabilités. Nous sommes aujourd’hui la cible de toutes les attaques. »
L’UE a tant des lacunes que des forces
Pour Alain Juppé, le monde a profondément changé depuis la fin des années 80 : « 1989 n’est pas la nuit des temps. La victoire définitive de la démocratie libérale et de l’économie de marché, l’effondrement de l’Union soviétique… Nous avons cru à une nouvelle donne. Trente ans après, tout a changé. » S’il admet que l’Europe a parfois tardé à réagir, il souligne ses forces et ses progrès : « Mario Draghi a fait un rapport qui pointe les lacunes de l’Europe, mais qui met aussi en évidence ses forces. […] Les budgets militaires sont en croissance, la puissance numérique se développe… Il faut que nous défendions les valeurs sur lesquelles sont fondées l’Europe : la démocratie, la séparation des pouvoirs, les libertés, la dignité de la personne humaine. »
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Face aux menaces « environnementales, démographiques, migratoires, numériques », l’invité de David Abiker reste confiant : « Nous avons, nous Européens, les moyens d’assurer notre indépendance […] la France a des atouts tout à fait considérables. C’est pour cela que je plaide en permanence, même si je peux apparaître parfois comme un petit peu naïf, pour la confiance dans l’avenir. » S’il ne croit pas, à court terme, à une armée européenne, il défend la construction d’une base industrielle et technologique commune. Mais l’ancien Premier ministre met aussi en garde contre une dérive autoritaire : « nos démocraties sont en crise. […] Les citoyens ont le sentiment qu’elles sont impuissantes, d’où l’abstention, le déclin des grands partis du gouvernement, et la détestation des hommes et des femmes politiques. […] Ce qui est tentant pour beaucoup d’opinions, c’est d’évoluer vers des régimes autoritaires. »
Daphnée Cataldo
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