L’annonce de la condamnation de Nicolas Sarkozy à une peine de cinq ans de prison, avec exécution provisoire, dans le cadre de l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, a créé une onde de choc dans le paysage politique. Invité de la matinale, Pascal Perrineau, politologue, décrypte ce jugement qui dépasse le simple cadre judiciaire.
« On s’attendait à ce que la justice frappe, mais elle a frappé fort. […] C’est le procès d’une époque », analyse Pascal Perrineau. L’affaire Sarkozy intervient dans un contexte politique déjà fragilisé par la condamnation de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité, compromettant sa candidature pour la présidentielle de 2027. Deux figures majeures de la vie politique sanctionnées à quelques mois d’intervalle. Ici, Pascal Perrineau pointe une évolution préoccupante : « les juges jouent maintenant un rôle judiciaire mais également politique. On l’a vu récemment avec la condamnation de Marine Le Pen, on le voit aujourd’hui avec cette condamnation qui touche le président Sarkozy. » Une justice qui s’adapte à son temps : « il y avait une partie de la classe politique qui utilisait des procédés qui peu à peu sont tombés sous le coup de la loi. On fonctionnait avec des mœurs d’hier qui sont aujourd’hui condamnées et condamnables. »
Le politologue souligne la complexité du motif retenu quant à la condamnation de l’ancien chef d’Etat : « ce délit d’association de malfaiteurs, c’est un délit aux contours très flous qui n’a jamais été utilisé en matière politique, il était utilisé beaucoup plus dans le milieu de la drogue, du grand banditisme, etc. » Rappelant que d’autres chefs d’accusation, tels que « le financement illégal de campagne, la corruption, le recel de détournement de fonds publics n’ont pas été avérés. » Il s’interroge alors sur la pertinence de cette requalification tardive par les juges.
Des mœurs politiques provoquant une défiance croissante ?
Pour l’invité de David Abiker, les conséquences ne concernent pas uniquement le sort personnel de Nicolas Sarkozy : « la figure essentielle de la Constitution de 1958, c’est le président de la République. Et il faut bien reconnaître qu’au-delà de la personnalité de Nicolas Sarkozy, c’est la fonction présidentielle qui est atteinte. » Le constat est sévère : « ce matin, le paysage politique est un vrai champ de ruines. Et attention : quand toutes les institutions essentielles de la vie politique font l’objet d’un tel discrédit, la porte est ouverte à toutes les aventures collectives. »
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La condamnation risque d’amplifier une défiance déjà profonde. « Moins d’un Français sur deux a confiance dans la justice », rappelle Pascal Perrineau. « La scène politique est profondément perturbée parce qu’elle est rejetée […]. Ce qui vient de se passer n’est pas fait pour améliorer les choses. » L’interférence croissante du « temps judiciaire avec le temps politique démocratique » pourrait menacer l’équilibre institutionnel selon le politologue. « Le jeu démocratique ne gagne rien à un paysage politique qui devient un véritable champ de ruine. »
Daphnée Cataldo
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