Gaza : En France, malgré les ingérences, des responsables juifs et musulmans veulent maintenir le dialogue

Crédits : Laurie-Anne Toulemont

La libération des 20 otages israéliens encore en vie et celle de près de 2000 détenus gazaouis a permis une brève accalmie au Proche-Orient. Les tensions ressurgissent aujourd’hui, avec en toile de fond la remise des dépouilles des otages. Israël estime que le mouvement islamiste palestinien n’a pas rempli sa part du contrat et menace de reprendre les combats. En France, malgré les répercussions de l’actualité au Proche-Orient, des responsables juifs et musulmans veulent, coûte que coûte, continuer à dialoguer.

Deux ans après, la déflagration de l’attaque du 7-Octobre a bouleversé le Moyen-Orient et créé des fractures toujours visibles en France. Depuis ce jour, c’est la peur sur le visage des fidèles qui marque Moché Lewin, Grand Rabbin du Raincy et conseiller du Grand Rabbin de France : « Certains se demandent s’ils peuvent encore mettre une kippa, d’autres ont peur de mettre la Mezouzah [une petite plaque apposée sur la porte d’entrée], d’autres encore disent qu’ils ne peuvent plus rester, qu’il n’y a plus d’avenir pour leurs enfants en France. Ca fait mal. Dans ma synagogue, lors de [la célébration] de Yom Kippour, on a engagé un service de sécurité en plus des services de police. Je rêve d’un temps où il y aura une journée porte ouverte pour tous les lieux de culte en France. C’est pas le cas. Malheureusement, il faut faire avec ».

Le mois dernier, Najat Benali a, quant à elle, retrouvé une tête de cochon devant la porte de la mosquée qu’elle dirige dans le XVème arrondissement de Paris. Elle a aussi en charge la coordination des mosquées parisiennes. « Ça m’a choqué, ça m’a fait peur », raconte-t-elle, ajoutant : « neuf mosquées ont été dans le même cas, c’est quand même surprenant. À chaque office, on a cinq prières par jour, des bénévoles qui assurent la sécurité, un système de barrage, on fait ouvrir tous les sacs. C’est triste d’en arriver là ». 

Une manipulation des religions ?

Pour ces deux militants du dialogue interreligieux, le conflit israélo-palestinien est du ressort des responsables politiques. Moché Lewin assure qu’« ils ont manipulé les religions, et c’est vrai partout. En Russie, Poutine a pris Kirill [le chef de l’église orthodoxe] pour légitimer sa guerre. Il faut absolument que nous résistions à cette manipulation, c’est notre rôle de dire que c’est un conflit politique qui se passe à 3500 km ».

Le Grand Rabbin du Raincy poursuit sur la situation en France : « Que certains politiques – je parle de l’extrême gauche – essaient de manipuler l’opinion des religieux, c’est quelque chose de dramatique ». Najat Benali souligne quant-à-elle qu’il y a eu « des propos politiques à l’extrême gauche mais également à l’extrême droite, des personnes qui parlent au nom des musulmans. J’ai envie de leur dire, ‘nous ne t’avons pas élu grand mufti de France, donc que chacun reste à sa place’. Je ne fais pas de politique mais je me dis que ces personnes-là ne devraient pas en faire non plus »

« La foi ne doit pas être le support de la désunion »

« La réalité », reprend Moché Lewin, « c’est que la France a beaucoup plus de lois adaptées à la situation que dans beaucoup de pays dans le monde. Certes, on a encore des problèmes sérieux, c’est les réseaux sociaux. Ce phénomène n’est pas lié à la France, ce mal qui est un virus à multiples facettes. Une fois c’est telle religion, une fois c’est une autre, il faut pas que la foi soit le support de la désunion ».

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Najat Benali souligne que « les actes islamophobes sont en hausse de la même manière que les actes antisémites. C’est un combat qu’on doit mener ensemble. On sera plus fort et on doit pas se battre les uns contre les autres. Moi je n’ai pas envie de me battre avec Moché. Moché c’est mon frère. » 

Dans une période où les gouvernements se font et se défont, eux appellent à la stabilité. Moché Lewin estime qu’on peut reconstruire des choses : « Quand il y a de l’instabilité politique, la stabilité de la religion peut être une boussole ».

Laurie-Anne Toulemont

 

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