13-Novembre : « Ce qui est nouveau dans le terrorisme, c’est la montée en puissance des très jeunes » réagit Jean-François Ricard

Michel Euler/AP/SIPA

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, le souvenir demeure et la crainte d’un nouvel acte terroriste plane toujours. Invité de la matinale, Jean-François Ricard, magistrat et ancien procureur du parquet national antiterroriste, dresse un état des lieux de la menace actuelle en France.

« Si l’on imagine une reproduction à l’identique, c’est-à-dire un commando projeté depuis une zone contrôlée comme l’était la Syrie ou l’Irak par Daech […] la réponse est a priori non. […] Une telle action ne pourrait plus se produire dans les mêmes conditions. » Cependant, le magistrat tempère : « il existe une autre organisation, l’Etat islamique au Khorassan, basé dans la région pakistano-afghane, a déjà montré ses capacités de projection, notamment en Russie et en Iran. » Selon lui, la menace la plus tangible aujourd’hui n’est pas celle de commandos organisés depuis l’étranger, mais d’actions commandées ou inspirées à distance : « on pense souvent à une attaque au couteau ou à la voiture-bélier, comme celle de Nice en 2026, mais des projets plus structurés existent. J’ai pu observer des individus, sans avoir de lien direct avec Daech, réussir à réunir des armes, fabriquer des explosifs, et étaient prêts à passer à l’action sans même avoir de commodité par une telle organisation. »

Pour Jean-François Ricard, la radicalisation ne passe plus par des filières ou des hiérarchies, mais par un système idéologique diffusé en ligne : « C’est beaucoup plus simple et efficace. C’est d’ailleurs l’essence même du terrorisme djihadiste. Les grands théoriciens du djihadisme comme Al-Souri ont expliqué qu’il s’agissait de créer un système plutôt qu’une organisation, c’est-à-dire répandre une idéologie, donner des grandes lignes de conduite et ensuite à dire aux acteurs sur le terrain « débrouillez-vous, agissez avec les moyens que vous voulez et choisissez vous-même vos cibles et frappez quand vous le voulez. » » Ce modèle séduit particulièrement les plus jeunes : « depuis 2023, on observe une montée en puissance de très jeunes, des moins de 21 ans, voire des mineurs, voire de très jeunes mineurs, c’est-à-dire de moins de 16 ans, impliqués dans des projets terroristes. » Un phénomène que le magistrat explique par trois facteurs : un rajeunissement général des auteurs de violences, une génération née et élevée dans le numérique, et une propagande de Daech adaptée à leurs codes visuels et émotionnels.

Une menace toujours liée aux tensions internationales

Interrogé sur la possibilité d’une justice restaurative dans le cas de Salah Abdeslam, terroriste djihadiste impliquée dans les attentats du 13 novembre, Jean-François Ricard reste prudent : « Une justice restaurative exige d’abord que l’auteur des faits reconnaisse ce qu’il a fait. Puis il y a une autre grande difficulté dans le cas du terrorisme : le terrorisme n’est pas simplement une agression ou une agression meurtrière contre les victimes, c’est une agression contre la nation tout entière. » Dès lors, il continue en disant « une justice restaurative, c’est avant tout un face à face entre une victime et son auteur qui aura reconnu ce qu’il a fait. On imagine difficilement cela en matière de terrorisme. »

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Le magistrat rappelle enfin que le terrorisme n’est jamais déconnecté des dynamiques géopolitiques : « Depuis les années 1990, chaque foyer de conflit, du GIA en Algérie à la Bosnie, puis à la zone pakistano-afghane, a eu des répercussions sur notre territoire. Ce qui se joue à des milliers de kilomètres d’ici finit toujours par nous atteindre. »

Daphnée Cataldo

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